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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Nicolas Bouchard : La Sibylle de la Révolution (Belfond, 2009)

09-BOUCHARD1794. Sous prétexte de punir des ennemis, les autorités ont instauré la Terreur partout en France. Avec le titre de secrétaire rédacteur, Gabriel-Jérôme Sénart relate dans ses rapports les atrocités commises au nom de la Révolution. Fidèle serviteur du Comité de Sûreté Générale, il reste prudent face à son supérieur, le puissant conventionnel Vadier. Ce dernier le charge d’enquêter sur un meurtre sanglant. La victime est un ancien militaire noble et franc-maçon, mutilé, ou plutôt démembré par son assassin. L’homme appartenait à l’organisation secrète du Philosophe inconnu. Vadier pense qu’une femme peut aider Sénart, Marie-Adélaïde Lenormand. Cette voyante aux dons avérés est actuellement enfermée à la prison de la Petite Force. Peut-être lui reproche-t-on moins ses opinions royalistes que d’avoir eu pour client Danton et Robespierre.

Sénart rencontre à la prison l’enjôleuse Marie-Adélaïde. La jeune femme connaît bien le secret univers des francs-maçons, ainsi que quelques autres illuminés qui gravitent dans ces sphères. Elle sait qu’existe aussi une inquiétante “Loge Noire”, sur laquelle plane l’ombre du Diable. Sans doute est-ce dans ce groupe-là qu’il faut chercher le criminel. Le grand Inquisiteur Vadier donne son accord pour que Marie-Adélaïde sorte provisoirement de prison. Grâce à elle, Sénart est vite contacté et auditionné par les Francs-maçons. Ceux-ci affirment ne pas être hostiles à la Révolution, et accusent également la Loge Noire. Marie-Adélaïde entraîne Sénart à Ermenonville, dans la propriété d’un vieux noble libertin, qui abrite la tombe de Jean-Jacques Rousseau. L’enquête croise là des adeptes de théories philosophiques fumeuses, lors d’une soirée qui finit en bacchanales.

Sénart ne tarde pas à démasquer celui qui se présente comme l’immortel Comte de Saint-Germain, célèbre depuis Louis XV, mais mort dix ans plus tôt. Proche de la Loge Noire, il évoque les “listes de sang” obligeant les adeptes à commettre des meurtres. Par son intermédiaire, Sénart espère infiltrer cette loge satanique. Son supérieur Vadier parait satisfait de l’évolution de l’enquête, mais il ne “couvre” pas Sénart. Celui-ci est d’abord testé par les amis de dom Gerle, maître de la Loge Noire, avant un début d’initiation. Menacé, Sénart doit supprimer un homme, chez qui il fait une curieuse découverte. Grâce aux dons de Marie-Adélaïde, Sénart et elle retrouve le pronaos des Francs-maçons. Bon nombre d’entre eux y ont été sauvagement assassinés. Doivent-ils croire au retour d’Abaddon, le Cavalier de l’Apocalypse ?

Si l’Histoire de France est riche en périodes troublées, celle de la Révolution est particulièrement propice aux aventures épiques. Les luttes au sommet du pouvoir engendrent maints coups bas et manipulations. Ainsi, après la délirante Fête de l’Être suprême, la chute de Robespierre s’annonce. La philosophie révolutionnaire des Francs-maçons ne correspond guère avec la tragique réalité. Période incertaine, où l’on croise des personnages insolites, tels ces prétendus penseurs qui sont plus sûrement des débauchés. Encore un peu naïf malgré les faits dont il est témoin, Sénart fait évoluer son enquête dans ce contexte perturbé. Honnête et opiniâtre, il approche pas à pas de la vérité. Quant à Marie-Adélaïde, quelques flash-backs nous permettent de la situer. Ses dons offrent un statut singulier à cette Sibylle de la Révolution, au caractère à la fois joueur et sensible. Le couple traverse de périlleuses situations, face à des adversaires impitoyables ou d’autres, plus fourbes. Nicolas Bouchard nous propose là un passionnant voyage dans le temps.

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