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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Odile Bouhier : De mal à personne (Presses de la Cité, 2012)

12-BOUHIER1920. Le commissaire Kolvair passe quelques jours de vacances chez sa sœur, quand il reçoit un appel téléphonique de la police lyonnaise. L’industriel Firmin Dutard a été assassiné. Riche patron d’une usine d’automobiles, il a été poignardé dans la cour du Grand Hôtel. Rentré à Lyon, Kolvair constate vite qu’on dispose de fort peu d’indices. Le tueur a utilisé “un banal couteau, outil courrant chez les paysans et les ouvriers qui préparent leurs casse-croûte”. Le professeur Salacan se trouvant à Cambridge pour un congrès, Kolvair ne peut compter que sur les déductions de son assistant, Jacques Durieux. Il espère aussi l’aide de la belle Bianca Serragio, brune quadragénaire dont il est amoureux, et aliéniste réputée. Le journaliste Armand Letoureur suit à la fois cette sanglante affaire, et la prochaine exécution publique à Lyon, par le célèbre bourreau Anatole Deibler.

Le commissaire interroge le personnel du Grand Hôtel, qui n’a pas remarqué grand-chose. Sauf la présence d’un gamin d’une dizaine d’année, à proximité du lieu du crime. Il est très possible que les coups fatals aient été portés par un enfant, en effet. Kolvair réalise un portrait du jeune garçon, qu’il compare à une photo prise par Letoureur. Dans le fichier des mineurs délinquants, on trouve bien vite la trace d’un enfant de onze ans, Thibaud, ressemblant fort au portrait. Voilà un suspect qui convient au procureur Pierre Rocher et à l’inspecteur Legone, des Brigades du Tigre. Ce dernier applique sa méthode pour faire avouer le gamin, qui n’a guère un profil de criminel et n’était pas à Lyon au moment des faits. Peu importe, on envoie Thibaud à la colonie pénitentiaire de Mettray, non loin de Tours, où on le matera comme toutes les fortes têtes.

Bianca Serragio Jacques Durieux et le commissaire Kolvair analysent ensemble le cas de Thibaud, cherchant une alternative plus plausible. On pourrait s’intéresser à la famille bourgeoise de Firmin Dutard. À sa veuve, pas si marquée par le décès de son mari, ou à son fils, que sa particularité physique pourrait rendre suspect. Une employée de l’hôtel témoigne concernant Thibaud que “c’est lui, et ce n’est pas lui”. Imprécision, qui ne sera pourtant pas inutile pour le commissaire. Avec l’appui du juge Puzin, sensibilisé à la justice des enfants, Kolvair peut poursuivre son enquête. Néanmoins, entre drames et recherches hypothétiques, on se dirige vers “un camouflet policier et un fiasco scientifique”…

Bien sûr, il s’agit d’un crime énigmatique, d’investigations autour d’une affaire mystérieuse. Mais l’ensemble est enrichi par ses personnages et par son contexte. Rescapé de la Grande Guerre, appareillé d’une jambe artificielle, Kolvair est un policier atypique. Intime de la séduisante Bianca, il est ouvert aux pistes offertes par les scientifiques. Dans cette France où l’exécution par la guillotine est encore un spectacle public, d’autres en restent aux aveux obtenus par des procédés plus rudimentaires. Tâtonnements de la science, peut-être, mais on commence à admettre alors ces indices. L’autre aspect dans ce contexte, c’est l’évolution de la justice envers les mineurs. Si des lois existent pour les protéger, ou pour les juger dignement, on les écoute peu, et les bagnes pour enfants perdureront pendant de longues années. Juste un petit bémol : l’auteure abuse sans doute des courts chapitres — sans trop gêner le tempo du récit, heureusement. Néanmoins, grâce à son ambiance historique, ce roman est très réussi.

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