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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Pascal Millet : Ton visage (Éd.Rue du Départ, 2011)

11-MILLETMathilde et lui, un couple actuel. Mathilde est dans l’évènementiel artistique. En ce moment, elle organise la future prestation française de Peter Swan. Elle a passé le week-end aux Pays-Bas pour élaborer le projet avec cet artiste. C’est un artiste d’inspiration macabre, ce Peter Swan. Pour la mise en scène évoquant un accident qu’il prépare, il a besoin d’une voiture abîmée sur laquelle une actrice jouera le cadavre. Mathilde s’active pour tout préparer. Lui, il est scénariste. Pas très connu, sans doute. Il utilise une machine à écrire Olivetti; peut-être qu’il l’estime propice à son inspiration. Il commence un nouveau scénario, nébuleuse histoire noire et criminelle, aux ambiances mystérieuses et incertaines.

Ce scénario est quelque peu issu d’un cauchemar obsessionnel et morbide. Et surtout du problème qui est soudainement apparu : il ne reconnaît plus le visage de Mathilde. Plus précisément, il ne le mémorise pas. Leur vie quotidienne se poursuit; sa compagne est là; elle va et vient selon les impératifs de son métier; elle lui parle et il lui répond. Pourtant, il n’est jamais sûr que c’est bien sa compagne à laquelle il s’adresse. Lors d’une soirée amicale, il confond plusieurs jeunes femmes, se repère difficilement pour retrouver Mathilde. Il a aussi cette lubie d’acheter des poissons rouges. Et puis, se découvrant voyeur, il est troublé par cette voisine de l’immeuble d’en face, qui expose ses sous-vêtements.

Son scénario prend une tournure aussi surréaliste que sinistre : L’homme ouvre le coffre de la grosse berline noire et fait aussitôt un pas en arrière. Il est horrifié par ce qu’il vient de voir. Une tête de femme blonde repose sur un tissus bleu ciel. Est-ce que vous voulez dire que ? Vous, oui. Vous avez assassiné votre femme. Son histoire imaginaire et sombre présente des points communs avec sa réalité, probablement, même s’il ne comprend guère. Ne pas mémoriser le visage de Mathilde, c’est aussi la tuer. D’autant que Peter Swan est arrivé, et installé à l’Hôtel du Lys. Le scénariste peut s’interroger sur les rapports réels entre Mathilde et l’artiste hollandais…

Ce roman court est destiné à déstabiliser le lecteur, à l’entraîner dans une sorte d’histoire onirique, sous le signe du cauchemar décrit au début du récit. Le héros fantomatique avance dans ses brumes ressemblant à une amnésie, tandis que plane l’ombre malsaine des œuvres de Peter Swan. Sans oublier le poison de la jalousie, sentiment indescriptible. Tout en intériorité autant qu’en interrogations, l’intrigue ne manque certes pas de force. S’y ajoute un noir scénario suggérant l’issue dramatique d’une telle affaire. L’écriture de Pascal Millet joue sur toute la gamme des incertitudes, des tensions, des ambiances voilées. C’est ainsi que ce roman montre sa différence.

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