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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Patricia Parry : Petits arrangements avec l’infâme (Seuil, 2007)

08-PARRY-2007Antoine Le Tellier est psychologue à Toulouse. Il vit séparé de son épouse Anne, aussi médecin, et de leur fille. En poste aux urgences, Antoine doit prendre en charge Khaled Addad, 18 ans, qui vient de tuer sa sœur Meriem. Le jeune homme étant perturbé par des hallucinations, Antoine demande qu’il soit placé dans son service. Selma, l’aînée des enfants Haddad, ne croit pas en la culpabilité de son frère. Pour Anne et Antoine, les trois sinistres rêves de Khaled peuvent correspondre à une récente affaire de meurtre, ainsi qu’à d’autres, historiques.

En effet, il existe des points communs avec les affaires Calas et Sirven, dénoncées au 18e siècle par Voltaire. À la même époque, se déroula l’affaire Emmanuel Faure, pareillement accusé du meurtre de sa sœur à cause de ses choix religieux. La politicienne Catherine Trinquier-David, et Mélanie Nègre, directrice d’un établissement d’accueil pour jeunes femmes, accusent férocement Khaled. D’autant qu’une des protégées de Mme Nègre, Nadia, a été assassinée à son tour, alors que Khaled est en fuite. Il finit par se réfugier chez Antoine.

Pour contrer les adversaires fascisantes, Antoine fait appel à la séduisante intellectuelle Françoise Orteva. Elle accepte de devenir un nouveau Voltaire. En ce temps-là, des Dames Noires jouèrent un rôle néfaste dans l’affaire Faure. Est-il possible que cette ligue existe encore, manipulant le cas Khaled ? Tandis que des troubles agitent la population, la belle Orteva est prête à débattre à la télévision, face à Trinquier-David. Antoine découvre que Meriem fut peut-être victime d’inceste. En 1764, Voltaire renonça à défendre Emmanuel Faure, à cause d'une rumeur. Comme Emmanuel, Khaled tente de se suicider. Anne réalise que le rôle de Françoise Orteva n’est pas si limpide.

Patricia Parry a élaboré une superbe intrigue, admirablement tortueuse. Qu’ils sont déconcertants, ces cas similaires à près de 250 ans d’intervalle ! Une explication raisonnable parait inconcevable. Quant aux coïncidences de noms, de lieux, ça ne suffirait pas pour saisir une vérité plus complexe. «Écraser l’infâme» répétait Voltaire : combattre l’intolérance, sous toutes ses formes, reste toujours indispensable. Le récit n’est pas seulement bien documenté. Les faits du 18e siècle sont évoqués à travers une narration épistolaire, conforme à l’époque. Pratiquant le même métier, l’auteur met en scène un psychologue fort convaincant, quoique forcément dérouté par cette étrange affaire. Un roman de haute qualité.

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