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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Pennac / Benacquista / Ashdé : Lucky Luke contre Pinkerton (Lucky Comics)

LUKE-1Ça sent la fin de carrière pour l’homme qui tire plus vite que son ombre. En 1861, à l’époque où Abraham Lincoln va devenir Président, Lucky Luke et Jolly Jumper sont bons pour la retraite. Cette fois, ce n’est pas le cow-boy solitaire qui réussit à arrêter les frères Dalton. Pas lui non plus qui démantèle une bande de faux-monnayeurs. Le nouveau héros de l’Amérique, celui qui réussit toutes ces brillantes opérations, c’est Allan Pinkerton. Inventeur de la première agence nationale de détectives, composée d’experts dans tous les domaines, Pinkerton pourchasse les criminels par tous les moyens. Pour lui, nul n‘est innocent : En partant du principe qu’en tout honnête homme sommeille une canaille, la suspicion devient une priorité nationale. Pinkerton prône une justice sans pitié, servie par des méthodes modernes. Parmi celles-ci, chacun étant suspect, il ne néglige ni la délation, ni le fichage. Lincoln lui accorde toute sa confiance.

Dans ces conditions, voici Lucky Luke devenu le pire des ringards. Tout le monde commence à se moquer de lui. Le fier cow-boy digère mal l’affront venant de ce méprisant détective. Pour l’écarter définitivement, Pinkerton imagine une ruse qui va ridiculiser Lucky Luke. Mais cette rumeur qui court, d’un attentat contre Lincoln à Baltimore, il s’aperçoit bien vite que c’est un coup monté. Évidemment, Pinkerton en est l’instigateur, ce qui attise la colère de Lucky Luke. S’il admet les mérites du cow-boy, le Président Lincoln a déjà choisi. Non sans arrière-pensées, Pinkerton multiplie les moyens de sécurité, ce dont Lucky Luke est incapable. Cette folie sécuritaire a des répercussions sur la population carcérale. Dans les prisons pleines, les Dalton en ont assez de croiser des gens qui ne sont pas de leur niveau. Même pas des bandits, juste des victimes de dénonciations.

Puisqu’il en est ainsi, Lucky Luke et Jolly Jumper prennent leur retraite. Tant pis pour les attaques de banques ou de diligences, l’ancien cow-boy se consacre à la sieste et au jeu de boules. Les soucis du shérif local, il n’a plus envie de s’en occuper. Pourtant, Allan Pinkerton va avoir besoin de Lucky Luke. Venir en aide à l’adversaire qui l’a détrôné, pourquoi pas ? N’est-il pas celui qui connaît le mieux la bêtise des quatre bandits ? Les vieilles méthodes ont encore du bon…

Évoquer le nouvel épisode des aventures de Lucky Luke, ce n’est pas s’éloigner de notre thème. Car Pinkerton fut le premier à organiser le métier de détective, avec efficacité et sur l’ensemble des Etats-Unis. Au besoin, on n’hésitait pas à tricher sur les preuves. Symbolisée par cet œil qui surveille tous les citoyens, sa société aurait même inspiré la création du FBI. Personnage forcément controversé qu’Allan Pinkerton (1819-1884). Il mit ses activités au service de la Loi et de l’Ordre, soutint les dirigeants politico-financiers du pays, au détriment du peuple. Certes, il fut favorable au suffrage universel et à l’abolition de l’esclavage, mais surtout partisan d’un pouvoir autoritaire. Les auteurs lui font dire : Désormais, ce sera Tolérance zéro.

Ce sont justement les scénaristes qui nous rapprochent de notre sujet. Car il s’agit de Daniel Pennac et de Tonino Benacquista. Tous deux sont issus de l’écriture polar. C’est en publiant dans la Série Noire qu’ils ont acquis une belle notoriété, culture qu’ils ne renient pas. D’ailleurs, ils n’oublient pas que Dashiell Hammett fut détective pour Pinkerton (de 1915 à 1922). Et ne voit-on pas ici le futur incorruptible Eliot Ness s’engager au service de Pinkerton. Clin d’œil à un autre auteur : Tiens, Jim Thomson a encore fermé son saloon après l’heure légale Je veux une fiche sur ce Thomson!. Un aïeul de l’auteur de 1275 âmes, Jim Thompson ? Pennac et Benacquista créent un lien avec notre époque, évoquant les effets de dérives ultra-sécuritaires ainsi que la question des retraites. En outre, Pennac nous rappelle que la grammaire peut se décliner avec humour, entre futur simple, passé simple, et conditionnel passé. Voilà sans doute l’un des meilleurs épisodes de Lucky Luke, une solide histoire concoctée par deux écrivains confirmés.

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