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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Philippe Bouin : Comptine en plomb (L’Archipel, 2008)

08-BOUINCalais, en 1965. Pied-noir venu d’Alger, le commissaire Gallois enquête sur le meurtre d’un nommé Lefèvre, éleveur de coqs de combats. Il remarque deux indices troublants, des objets de grande valeur : un soldat de plomb et un couteau à gigot en argent, l’arme du crime. Pour Gallois, l’assassin est un notable. Ses propos acerbes envers la population locale sont relayés par la jeune journaliste Julie Pilowski. Ses déclarations agaçant la Préfecture, le policier proche de la retraite doit se montrer rusé face à l’énarque Percy. Il faut éviter le scandale : un investisseur anglais, Harold Wyatt, séjourne actuellement à Calais.

Hélène Basset, la sœur du coqueleux Lefèvre, est assassinée. On l’a tuée avec un coûteux fusil, laissant encore près d’elle un soldat de plomb. Les policiers pourraient suspecter un ivrogne, P’tit Bosco, violent avec son épouse. Mais la piste du brocanteur Dalquin semble plus crédible. Ce roublard fut en conflit avec un groupe de chasseurs, dont faisaient partie les victimes. Gallois retient une date, 1954, peut-être à l’origine de ces crimes. Julie Pilowski devient l’amie de Marie Wyatt. L’épouse (d’origine française) de l’homme d’affaires est de santé fragile, souffrant de baby blues et d’anémie. Elle est soignée par le Dr Béhal.

Le marin Yvon Chaussois est assassiné peu après. C’était un proche de l’épouse de P’tit Bosco, qui est inquiété par la police. La voiture de Mr Wyatt est passée près du lieu du crime. Gallois l’interroge. Les officiels, qui espèrent les investissements de l’Anglais, ne cachent pas leur énervement. Quand la tombe d’un huissier décédé en 1954 est profanée, Gallois est sûr qu’il existe un lien. Tandis que son adjoint Davelot sympathise avec Julie, afin qu’elle écrive des articles plus justes, Gallois pense être sur la bonne voie. On lui envoie un vieil ami, lui aussi d’Alger, lui promettant une médaille, afin de le neutraliser.

L’épouse de P’tit Bosco se suicide dans un blockhaus. Puis un certain Gaston est exécuté à son tour. L’hypothèse du conflit entre anciens chasseurs reste plausible. Le rôle du brocanteur Dalquin n’est pas si clair qu’il le prétend. Alors que Mr Wyatt et son épouse quittent Calais sans y investir, Gallois est confronté à un dénouement dramatique. Ayant pris Dalquin et son fils en otage, P’tit Bosco a poussé le brocanteur aux aveux, avant que tous trois soient abattus.

Dans son rapport, cette “vérité acceptable” suffit à Gallois, qui estime avoir “presque” bouclé son enquête. C’est seulement quarante ans plus tard que Julie Pilowski (devenue Mme Davelot) découvrira la vraie version. La famille de Marie Wyatt, native de Calais, fut dépouillée en 1945 par Lefèvre et ses amis. En souvenir de son défunt frère, et aidée par son ami Béhal, Marie élimina les responsables en 1965...

Si l’intrigue peut paraître un peu alambiquée, c’est ce qui lui offre une originalité certaine. Plutôt qu’une simple vengeance, on devine le besoin de châtier des malfaisants. La position du policier, exilé d’Algérie et mal admis dans la bonne société, est d’une savoureuse ambiguïté. S’il ne manque pas de suspects, ce “vieux renard” mène l’enquête selon sa propre logique. L’autre aspect particulier de ce roman, c’est l’époque décrite. La France de 1965 était aux antipodes de ce que nous connaissons de nos jours. Âge d’or et prospérité économique ? Ou un immobilisme pesant, hiérarchique et bien-pensant, source de tant de rancœurs ? On apprécie également cette ambiance bien restituée. Un suspense de très belle qualité.

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