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Publié par CLN

 

12-HANOT-ELBZoran n’est pas le gars capable de jouer au funambule sur le filin fragile de sa vie. Non, tout l’inverse. Il voyage aller-retour du pôle nord au pôle sud, sans arrêt. Bipolaire, comme disent les psys au vocabulaire codifié. Péter la forme ou péter les plombs, c’est alternatif pour Zoran. Besoin de repos, pourquoi pas en Corse. Il y rencontre Betty, la suit pour un bref séjour dans la secte insectophile d’Erwin. Ce n’est pas ça qui rendra Zoran moins cyclothymique maniaco-dépressif. Voilà l’ancien qualificatif pour bipolaire. De même que test VIH ne serait pas aussi perturbant que dépistage du SIDA. L’ayant introduit chez Erwin, Betty accuse Zoran de l’avoir contaminée.

Si c’est le cas, le fautif est fatalement ce gros con de tatoueur malpropre. Sans délai, Zoran retrouve l’animal, et le supprime presque. Il s’attarde dans l’officine bordélique, où il découvre un flingue datant de l’époque d’Adolf. Normal, le tatoueur quasi-occis fricotait avec les nazillons de la bande à Lucky. Des motards bons aryens, qui ont échangé leurs cerveaux contre des abonnements au PSG. Surtout, Zoran dégote les treize kilos de Vendredi 13, qui devaient assurer la fortune des nazillons. Cette drogue de synthèse, ça pue pire que la merde que c’est, mais ça fait décoller vertigineusement. Encore faut-il avoir des clients pour cette puissante saloperie. Sûr que Lucky et ses tarés White Skins ne tardent pas à vouloir récupérer leur bien.

Mais il y a également Mattéo, le mac de Fadimatou et Pamela, qui vient de sortir de taule. Cette came, avec son complice Raymond, il tente de se l’approprier. Et puis, on a encore Lisandru et Pasquale Albertoni sur le coup. Corses, comme Mattéo, gérants du club de jeux d’argent L’Odalisque, ce sont des rusés. En particulier Pasquale, froideur incarnée et tête du duo. Attention à ne pas oublier Jean-Claude Prédoin, dit JC. Flic plus raciste que la moyenne, viré de la BAC, c’est le roi des ripoux. Son honnête collègue Stef a bien du mérite, à supporter un pareil facho. Peut-être que Zoran vendrait plus facilement sa dope du côté de Marseille ? Argent de poche, tout au plus. Rendez-vous à Monaco avec Pasquale, gare à l’embrouille. Retour à Paris, pas forcément au calme pour Zoran…

Un p’tit polar distrayant, un suspense sympa à défaut d’être original ? Non, il y a fausse route, gourance d’estimation, erreur à ne pas commettre. Ne confondons pas avec les bête-sellers simplifiés d’un Marc Guillaume, évoqués pages quatre-vingt-onze et suivantes. Chez Pierre Hanot, l’écriture inspirée est virevoltante, imagée, pétaradante, embrasée, ricanante, enjouée, mordante. Les chapitres sont courts, afin d’exprimer la tonalité rythmée des aventures de Zoran et des autres. Les portraits ne sont pas dessinés façon aquarelle à l’eau tiède; on taille dans le vif, mais avec le doigté indispensable. Si le gourou est un escroc, on le démontre par l’exemple. Le flic ripou, il ne suffit pas de dire qu’il est détestable, on prouve son militantisme haineux. Et si on met en scène des Corses, on n’omet pas quelques dialogues en langue locale, n’en déplaise aux pinzuti. De l’action, de la baston, ou du revolver efficace, ça ne manque pas dans cette histoire : Devant leurs dénégations, il avait exhibé son flingue, langage des signes déchiffrable même par les sourds-muets. Un des lascars ne savait pas lire. Pasquale avait soigné la ponctuation en lui imprimant sa crosse dans l’arcade sourcilière… Pierre Hanot est un virtuose du vocabulaire décapant et de l’idée frappante. Y goûter, c’est l’adopter.