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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Ricardo Piglia : Argent brûlé (Zulma, 2010)

10-PIGLIA-1En Argentine, durant l’automne 1965. Malito et ses complices ont préparé un braquage spectaculaire. La bande se compose de Bazán le Bancal, du chauffeur Mereles le Corbeau, et de ceux qu’on nomme les Jumeaux : le blond Gaucho Dorda et son ami Bébé Brignone. Quant à Malito, il veut ressembler aux criminels évoqués dans les journaux “…alors qu’aux yeux des gens, il passait pour un homme froid et calculateur, un scientifique qui montait ses coups avec une précision de chirurgien.” En réalité, son impitoyable cruauté sanglante ne connaît aucune limite. Excités par toutes sortes de drogues, ses complices sont également sans états d’âmes. Le 27 septembre après 15 h., la bande attaque un transport de fonds. L’action ne dure que quelques instants. La mitraillade est intense. Les agents chargés du transfert sont froidement abattus. Sauf le gros Spector, miraculeusement sauvé, car le projectile qui le visait est dévié.

Profitant de la confusion, la violente bande prend rapidement la fuite. Ils sont pourchassés, sans grand succès. Quand leur puissante voiture est accidentée, ils s’emparent d’une camionnette. Ils se réfugient dans leur planque, fournie par Nando. Ce péroniste nostalgique est le logisticien des braquages de Malito. Avec lui, activisme politique et banditisme se rejoignent. D’ailleurs, la presse du pays relate l’affaire en suggérant autant un coup d’anciens militaires ou de péronistes. C’est le policier Silva qui est chargé de retrouver les criminels. “Le commissaire Silva de la division Vols et effractions n’enquête pas, il se contente de torturer. Sa méthode : la délation (…) Il avait monté un escadron de la mort suivant le modèle brésilien. Pourtant, il agissait en toute légalité.” Il fait arrêter Bazán le Bancal, un de ses indics. Relâché peu après, le traître Bazán est exécuté quelques heures plus tard. Ce qui ne surprend guère le policier inflexible.

Fontan Reyes, complice ayant informé Malito avant le braquage, et Blanquita Galéano (dite La Petite), jeune concubine de Mereles, sont vite arrêtés à leur tour. Brignone, Dorda et Mereles s’installent à Montevideo, dans une nouvelle planque, en attendant de passer en Uruguay. Tandis que Dorda ressasse ses perversions déviantes, dopé au haschich Brignone confie à une prostituée une version fantasmée de sa vie. Des policiers sont sur le point d’arrêter la bande lorsqu’ils contactent leur passeur uruguayen. Sous les tirs, ils parviennent à fuir dans leur Studebaker. Malgré tout, ils se réfugient en Uruguay. L’appartement n°9 où ils se cachent est une souricière. La bande est bientôt cernée par les forces de police. Toute négociation est inutile, ainsi des tentatives d‘intervention armée. “Ce sera une lutte à mort (…) La fusillade se prolonge malgré quelques interruptions et les curieux se mettent à l’abri du crachin incessant, sous le porche des immeubles où les journalistes des chaînes de télévisions les interrogent.” L’essentiel du siège dure quinze heures d’affilée…

Ne voyons pas ici une fiction inspirée de faits réels, mais une reconstitution méthodique de l’affaire.J’ai respecté la continuité de l’action et (dans la mesure du possible) le langage de ses protagonistes et des témoins de l’histoire.précise l’auteur, dans l’épilogue. Il imagine des scènes, extrapolant d’après des sources vérifiées. La bande se compose donc de criminels sanguinaires, dans un contexte argentin lui-même violent. Ce sont des allumés, des hallucinés, animés par un jusqu’auboutisme suicidaire. Chacun des cas psychologiques et des parcours de ces types, caricaturaux par leurs propres excès, est détaillé. Le plus troublant reste probablement leur décalage avec la réalité, qui n’existe pas pour eux. Pour le policier Silva les situe commedes cadavres vivants (…) L’adrénaline les aide à surmonter la terreur. Ce sont des camés, des machines à tuer.Ce roman noirvécu” est remarquable de qualité, absolument captivant.

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