Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

1850 chroniques - faites défiler la page - ou cliquez sur l'initale du nom de l'auteur recherché

Robert Bloch : Le boucher de Chicago (Gallimard, 1976)

11-BLOCH-SN76Chicago, en 1893. Une vaste foire exposition dédiée à Christophe Colomb anime la ville. À l’angle de Wallace Avenue et de la 63e rue, s’élève un bâtiment neuf aux allures de château. C’est le Dr Gordon Gregg qui l’a fait construire. Au rez-de-chaussée, se trouve sa pharmacie. On y vend notamment l’Élixir électrique, fruit des longues et coûteuse recherches du médecin. Au premier étage, des chambres à louer seront vite rentabilisées avec les visiteurs de la Foire. Gregg s’est réservé le second étage, d’où il gère l’affaire. L’architecture intérieure de l’immeuble est plus complexe qu’il y parait, avec ses escaliers dérobés et ses pièces secrètes. Plusieurs entreprises ont été chargées de la construction, se succédant car Gregg n’honorait pas ses factures. Maintenant, tout est en place.

Employé d’une société d’assurances, Jim remet au médecin un chèque de dix mille dollars six semaines après le décès accidentel de son épouse Millie. Même si Gordon Gregg fut naguère impliqué dans un trafic de cadavres, on n’a pas pu déceler cette fois d’indice suspect dans la mort de sa femme. Crystal, la petite amie de Jim, est une jeune journaliste. Elle a la confiance de son rédacteur en chef Charlie Hogan, bien qu’il la trouve quelque peu intrépide. Il a quand même passé son reportage sur un des aspects de la Foire. Crystal est intrigué par le Dr Gregg. Tout vêtu de blanc, l’homme est séduisant, autant qu’un peu inquiétant. Pendant ce temps, celui-ci règle à sa manière la lourde facture d’un créancier, et s’occupe du cas de sa fiancée, Geneviève, qui est aussi sa secrétaire.

L’assureur patron de Jim a certains soupçons sur le Dr Gregg. Il serait bon qu’il explique ses derniers mouvements financiers, avec l’argent de Geneviève. Celle-ci a provisoirement quitté Chicago. Quand l’assureur insiste, Gregg fournit sans tarder une preuve que la jeune femme est bien en vie. Jim risque fort d’y perdre sa place. Suite à un reportage trop audacieux, Crystal est aussi sur la sellette. Elle expose à Hogan ses doutes sur Gregg, qu’elle a vu entrant dans une maison close. Le rédacteur en chef approuve le plan de Crystal. Se faisant passer pour la nièce de la défunte Millie, la journaliste s’introduit auprès de Gregg. Elle devient sa nouvelle secrétaire, et il lui promet de placer au mieux la fortune dont elle est supposée disposer. Crystal enquête, observant l’activité au château. Un certain Thaddeus, ex-complice de Gregg, ne complique pas bien longtemps la vie du médecin. Les investigations de Crystal ne sont pas sans risque…

Cette histoire s’inspire de celle d’un escroc ayant existé, connu sous le nom de H.H.Holmes, qui fit réellement construire un tel château, dont on ne connaît pas exactement le nombre de victimes éliminées. Cette époque, où l’Amérique était un jeune pays incarnant la modernité, fut propice aux méfaits des arnaqueurs en tous genres. Certes, ils finissaient toujours par se faire prendre, mais profitaient longtemps de leurs escroqueries. Ce n’est rien dévoiler de préciser que l’Élixir du Dr Gregg n’est que de l’eau, et qu’il n’est même pas médecin. Afficher un certain prestige suffisait pour duper les gogos, et manipuler des femmes éprises, à la manière d’un Landru. Elle lisait un étrange pouvoir dans le regard profond de ses yeux foncés. Oui, c’est là que résidait le mystère, dans ce regard et dans cette maison insensée selon la téméraire journaliste. Les faits ne sont pas énigmatiques, mais l’ambiance n’en apparaît pas moins troublante. L’habileté narrative de Robert Bloch consiste à suggérer combien il est facile pour un tel personnage de se débarrasser des gêneurs. Cynisme peut-être, mais c’est par leur capacité d’adaptation et de manipulation qu’ont reconnaît les vrais escrocs. On peut qualifier de polar historique ce roman délicieusement amoral, qui mérite sûrement d’être redécouvert.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :