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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Serguei Dounovetz & Paco Roca : L’ange de la Retirada (6 Pieds Sous Terre éditions, 2010)

BD-DOUNOVETZ-ROCAEn 2009, Victoria est une adolescente de dix-sept ans vivant à Béziers, sa ville natale. Issue d’une famille venue d’Espagne, elle se sent très proche de ses racines. La jeune fille passe beaucoup de temps à la Colonie Espagnole, l’immeuble abritant une association créée en 1889. Elle y pratique la peinture et diverses activités avec des gens de son âge. Parmi ses amis, Adrian est le plus poche de Victoria, laquelle conserve une certaine distance. Ce passionné de foot l’agace parfois. Aujourd’hui, une loi permet aux descendants d’anciens réfugiés d’adopter la nationalité espagnole. Victoria se sent attirée par cette possibilité. Elle interroge Monsieur Luis, le président de la Colonie Espagnole. Il n’est pas emballé par cette idée, sachant que les réfugiés de son pays se sont parfaitement intégrés en France. Victoria aime à s’isoler dans un grenier de l’immeuble, où elle imagine retrouver l’esprit de ceux d’autrefois.

L’association organise une paella sur la plage d’Argelès-sur-Mer, lieu de mémoire pour ces familles. Dans le bus puis sur le sable, Victoria sombre dans de curieux rêves, tandis qu’Adrian préfère jouer au foot. En songe, elle rencontre Angel, bel Espagnol faisant les vendanges. Plus dramatique, il réapparaît en combattant fuyant à la fin de la guerre civile. Victoria accompagne Angel de Banyuls à Port-Vendres, se joignant à la Retirada, l’exode des réfugiés venus d’Espagne. La plage d’Argelès est alors une fourmilière humaine, un camp de l’humiliation où sont parqués cent mille réfugiés. Revenant à la réalité, Victoria voudrait faire partager à Adrian le souvenir fantomatique de leurs aïeux passés par cette plage. Le manque d’enthousiasme du jeune homme provoque leur rupture.

Pour marquer le cent vingtième anniversaire de l’association, monsieur Luis a organisé une grande fête à la Colonie Espagnole. Victoria y assiste avec son amie Marine. Monsieur Luis annonce le programme, dévoilant le nom d’un invité surprise, très célèbre. Peut-être une astuce pour faire venir encore davantage de monde à cette soirée. C’est Adrian qui reçoit le Prix du meilleur tableau cette année, Victoria n’ayant pas concouru. À la cafétéria, elle croise un jeune homme ressemblant fort à Angel. Il se nomme Antonio. Ils sympathisent vite, et Victoria ne tarde pas à lui livrer ses petits secrets. Pourtant, même si elle trouve une explication sur le mystérieux Angel, Victoria devrait peut-être cesser de s’accrocher aux fantasmes du passé…

L’intrigue de cette BD repose sur des faits historiques finalement pas si lointains. La Colonie Espagnole de Béziers existe réellement. Elle fait partie de ces lieux où les exilés trouvèrent un peu de solidarité entre compatriotes. Exil économique dans un premier temps, exode obligatoire suite à la victoire de Franco. À travers la quête identitaire de la jeune héroïne, cet épisode douloureux de la mémoire des réfugiés espagnols est retracé avec une belle subtilité. Romancier émérite, Serguei Dounovetz propose un scénario très bien dosé, jouant sur le caractère rêveur de Victoria. Auteur reconnu dans son pays, où il a reçu le Prix national de la bande-dessinée pour l’ensemble de son œuvre, l’Espagnol Paco Roca illustre idéalement cette histoire. Si le graphisme apparaît simplifié, on note quantité de détails le décor des scènes. Certaines expriment une indéniable intensité. Voilà une BD réussie, aussi convaincante pour le récit que pour le dessin.

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