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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Stanley Péan : “Zombi blues” (La courte échelle, 1996-2007)

11-PEAN-2007Ce jeune trompettiste de jazz connaît une belle notoriété sous le nom de Gabriel d’ArqueAngel. Avec la pianiste Elaine McCoy et trois autres musiciens, il a formé un quintette qui se produit aux Etats-Unis et au Canada. Le parcours de vie de Gabriel a été chaotique. Natif d’Haïti, il a été recueilli là-bas par Corinne et Benjamin Reynolds. À l’époque, au temps de la dictature des Duvalier, ce dernier y était diplomate. Le couple avait une fille, Laura, mais venait alors de perdre leur fils Daniel à l’âge de neuf ans. Gabriel devint le fils adoptif des Reynolds. À part Laura, aujourd’hui médecin et mariée, le musicien garda peu de liens avec ceux qui l’avaient élevé. Ne se consacrant qu’au jazz, il ne se préoccupe guère des soubresauts politiques agitant sans cesse son pays d’origine.

En 1996, alors que Benjamin Reynolds vient d’être enterré à Ottawa, Gabriel et son quintette ont un engagement à Montréal, où un festival de jazz se prépare. Ils vont jouer au Sensation Bar. Ce n’est pas le meilleur endroit pour que Gabriel calme son excessive consommation d’alcool. Entre son amante Suzanne et son spectacle, il ne s’intéresse pas à ce qui agite en ce moment la communauté haïtienne de Montréal. Ancien dignitaire du régime Duvalier, Barthélémy Minville s’est installé au Québec. “Réfugié de luxe”, cet ex-tortionnaire qu’on surnomma Barracuda, ne peut pas être inquiété par les autorités du pays. Ce que regrette Lorenzo Appolon, flic mulâtre haïtien de la police locale. Patron d’un restaurant, Ferdinand Dauphin va vainement tenter une opération commando avec quelques délinquants pour atteindre Minville. Lorenzo enquête là-dessus, sans résultat.

Son “fils” Noir albinos Caliban, son assistant Justin, et la prostituée blanche Jacynthe constituent l’entourage de Minville. Mais, s’il est à Montréal, c’est avant tout pour retrouver Alice Grospoint, fille d’un sorcier haïtien. Jadis, il utilisa les services du père, avant de l’abattre. Minville a un moyen de pression sur Alice, sa fille Naïma. Gabriel se croit loin de tout ce qui se rapporte à son île de naissance. Pourtant, il cauchemarde parfois, se sentant habité par un second esprit qu’il ne sait identifier. Peut-être garde-t-il un lien invisible avec Daniel Reynolds, mort trop tôt, dont il est un peu le “marasa” (frère jumeau). À moins que ce soit seulement l’alcool, ainsi que l’atmosphère parfois violente du Sensation Bar, qui le perturbent. Non, ce sont bien ses racines haïtiennes qui causent ce trouble…

Les deux sources qui alimentent ce roman sont la culture haïtienne et l’univers du jazz. Un glossaire nous permet de définir les quelques mots venus d’Haïti qui échappent à notre vocabulaire. Culte vodou et folklore populaire font partie de la vie de tous les Haïtiens, y compris expatriés. Le sujet nous rappelle combien l’époque de Papa Doc (Duvalier) et de ses cruels Tontons Makouts (la milice secrète) marqua durablement ce petit pays.

Dans ce livre, chaque chapitre porte pour titre celui d’un célèbre morceau de jazz : Mood Indigo, Stormy Weather, In a Mist, Countdown, etc. Car c’est bien cette musique qui accompagne le récit, avec des accents de Charlie Parker ou de Miles Davis. Lamento musical qui apporte une chaleur à cette intrigue sombre. L’auteur sait aussi nous faire sourire, comme avec cette journaliste définissant le style de Gabriel : “Ainsi l’interviewé se réjouit-il d’apprendre que son œuvre «s’inscrit dans la mouvance d’un certain jazz progressif d’inspiration néo-bop modal, mâtiné de traditionalisme». D’ArqueAngel et Elaine échangent des sourires ironiques. Le trompettiste n’en a rien à branler des étiquettes. Il joue de la musique, un point c’est tout.” Complémentaire à “Bizango”, ce “Zombi Blues” mérite d’être redécouvert !

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