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Publié par CLN

 

13-KINGEn 2011, Jake Epping est prof d’anglais au lycée de Lisbon Falls, dans le Maine. Divorcé sans enfant, âgé de trente-cinq ans, il apparaît peu émotif, s’adaptant à sa solitude. Il a ses habitudes au restaurant bon marché d’Al Templeton, autre célibataire, installé dans une longue caravane en alu. Quinquagénaire atteint d’un cancer terminal, son ami Al révèle à Jake son grand secret. Il vend peu cher ses hamburgers, car achète la viande en 1958, au tarif de l’époque. Al s’est aussi constitué une jolie cagnotte en pariant sur les résultats sportifs de ce temps-là, dont il avait les résultats. Qu’il soit resté juste quelques heures ou plusieurs années dans le passé, il n’était absent que deux minutes en temps daujourd’hui. Selon le principe du paradoxe, est-ce que ses voyages dans le temps ont modifié le passé au profit du futur ? Pas toujours, car chaque retour au passé est une remise à zéro, effaçant le précédent voyage. Le cas de la jeune Carolyn Poulin, qu’il voulut protéger, prouve la complexité du phénomène. Quant à cette brèche vers le passé, il est probable qu’elle disparaîtra le jour prochain où la caravane-restaurant d’Al devra dégager les lieux.

Grâce à Al, Jake voyage jusqu’au 9 septembre 1958, à 11h58, point de départ obligé dans l’Amérique d’alors. L’usine textile polluante de Lisbon Falls est en pleine activité, et la boutique Kennebec Fruits du père Anicetti sert une goûteuse bière de racinette. Les tarifs sont dérisoires, et le commerce prospère. Les gens sont encore décontractés, même si tout n’est pas idyllique. Retour à notre époque auprès d’Al, qui va de moins en moins bien. Comme ces voyages ne comptaient que pour deux minutes, Al ne s’est pas contenté d’allers-retours. Il y a fait des séjours de plusieurs années. Il approcha même un certain Lee Harvey Oswald, sa femme russe Marina et leur fille. Son idée était de l’abattre préventivement, afin qu’il n’assassine pas le président John Fitzgerald Kennedy. On ne s’improvise pas tueur, même pour changer le destin du monde, dans un virage à 180°. Fatigué, Al demande à Jake de remplir cette mission. Quelques mois avant Dallas, Oswald voulut assassiner le général Walker. C’est à ce moment-là qu’il faudrait intervenir. Jake a une raison plus personnelle d’accepter d’aller vivre dans le lointain passé.

La famille de son ami Harry Dunning fut massacrée par leur père dans la région en octobre 1958. Seul survivant, ayant récemment raconté son drame, Harry garda des séquelles marquantes. Puisqu’il doit séjourner un certain temps dans ces années-là, autant commencer par cette affaire. Toutefois, revenu en 1958 sous le nom de George Amberson, Jake est obligé de s’adapter à ce style de vie. L’accueillant secteur de Lisbon Falls lui facilite les choses. Par contre, la ville de Derry (où vit la famille Dunning) est moins chaleureuse. Peut-être parce que des enfants y ont été tués peu avant. Le père d’Harry y est boucher. Jake se trouve un allié pour le supprimer. Blessé dans cette affaire, il revient en 2011. Il apprend quel fut le nouveau destin d’Harry. Jake repart bientôt en 1958, décidé à suivre son propre plan concernant le boucher Dunning, et rusant pour sauver la jeune Carolyn Poulin. S’affichant écrivain, Jake s’établit un temps comme enseignant en Floride. En août 1960, il part s’installer à Dallas, métropole qu’il n’aime pas. Et ce n’est pas le propriétaire de l’appartement qu’il loue, un effroyable raciste, qui va le réconcilier avec cette ville en tous points violente.

Dans le comté de Denholm, se trouve la petite commune de Jodie, 1280 habitants à l’époque. Pas si éloignée de Dallas, cette ville respire la tranquillité. C’est là qu’il va trouver son bonheur. Grâce au proviseur Deke Simmons et à sa compagne, Jake obtient un poste d’enseignant. Il va surtout tomber follement amoureux de la bibliothécaire Sadie Dunhill. La séparation d’avec son dangereux ex-mari n’est pas close, pour la jeune femme. Il est temps de s’occuper de l’assassinat visant le Général Walker, donc de se mettre sur les traces de Lee Harvey Oswald. Quand arrivera le 22 novembre 1963, Jake et Sadie vont jouer un rôle héroïque lors de cette journée historique. Néanmoins, le résultat de toute cette expérience n’est pas forcément à la hauteur des espérances de Jake…

Les thèmes abordés étaient déjà prometteurs. Ce n’est pas la veine horrifique qu’exploite ici Stephen King. Le genre Fantastique oui, puisqu’il s’agit de voyages dans le temps. Sans rien dévoiler, on peut affirmer que l’auteur va beaucoup et habilement jouer avec le paradoxe. Retenons que c’est principalement un grand roman d’aventures, fascinant tout au long de ses 900 et quelques pages. Est-il nécessaire de préciser que le résumé ci-dessus effleure seulement le trajet mouvementé du héros dans cette longue histoire ? Un aperçu de ses plaisirs et de ses déboires, en somme.

Le titre indique le jour fatidique de l’assassinat de Kennedy, 22 novembre 1963. Toutefois, il ne s’agit pas d’éléments supplémentaires autour du rapport Warren, pas plus que de mon hypothèse sur le complot. Il suffit de visionner les 486 images du film Zapruder (à peine trente secondes), dont l’image 313, pour ne jamais oublier. Utilisant certes cet épisode célèbre, c’est bien une palpitante fiction, riche et structurée. Par une magnifique reconstitution du passé, le lecteur a vraiment le sentiment de participer à cette époque-là. Aucun détail n’est superflu pour restituer l’ambiance d’alors. Des moments intensément noirs, des passages plus souriants, un foisonnement de péripéties, et même une passion amoureuse, voilà le programme concocté par l’auteur. Il fallait toute la maturité d’un écrivain tel que Stephen King, pour parvenir à un suspense aussi magistral.