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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Thierry Crifo : Paternel à mort (Le Masque, 2006)

 

06-CRIFO-3-2006Cadre supérieur parisien surmené, le père de Sophie se montre exagérément protecteur avec sa fille majeure. Inventant des prétextes à ses absences, il passe des nuits entières à surveiller Sophie en cachette. Il admet mal que sa princesse intouchable, sa "liebellule", vive sa propre vie. Trop nerveux, il est parfois violent avec des inconnus. Il en oublie même l’anniversaire des 23 ans de Sophie. Son petit ami, ce Fred à barbichette fils de médecins, il ne l’aime pas du tout. Pourtant, Sophie et Fred déménagent pour habiter ensemble. Le père rôde autour du nouveau domicile de sa fille.

Il néglige sa femme Marthe et leur cadette Marie, 13 ans. Après de sévères disputes conjugales, Marthe pourrait bien se laisser tenter par le beau Marco, un copain de Fred. Sophie est heureuse dans son nid douillet pour petit couple normal. Epanouie, elle pense déjà à un bébé. Son père rumine ses souvenirs dans l’ancienne chambre de sa fille. Il écoute en boucle cette cassette qu’elle enregistra pour lui à 12 ans. Sa collègue Elisabeth "La Louve" cherche à le séduire : premier essai raté en club échangiste, puis rendez-vous au Lutetia qui se termine encore plus mal. Son idée fixe est incompatible avec le sexe. Son décalage avec le monde réel se creuse toujours davantage. Suite à une violente dispute, Marthe et Marie le quittent. Sophie tente en vain de raisonner son père. Il se souvient de l’épisode de la salle de bain, où il s’aperçut que l’ado devenait femme. Son obsession protectrice vient d’ailleurs.Espionnant le jeune couple, il assiste au départ nocturne de Fred. L’occasion est trop belle pour ne pas agir...

Evitons d’abord toute méprise : la relation père-fille n’est ici absolument pas incestueuse. Il s’agit du magnifique portrait d’un père stressé, possessif à l’extrême, qui dérape jusqu’à l’inévitable drame. Ce récit noir, empreint de schizophrénie, est finement raconté. Certaines scènes sont dures, d’autres pathétiques. Qualité majeure de Thierry Crifo, son écriture ciselée apporte une vraie singularité à ses romans. Cette narration subtile met en valeur des personnages fort glissant sur une pente fatale. Paris-la-nuit inspire toujours l’auteur, qui la décrit en témoin. Ce "Paternel à mort" confirmait le talent d’un écrivain qui ne manque pas d’originalité. Celles et ceux qui n'ont pas encore rencontré les romans de Crifo ont bien tort !

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