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Publié par CLN

 

12-CRIFODans la préface de ce recueil de nouvelles, Romain Slocombe résume fort bien l’univers et la démarche d’auteur de Crifo : Chaque nouvel opus de Thierry Crifo fait résonner les voix paumées de la société […] Et toute l’injustice, l’accumulation, le trop-plein, la connerie, la dégueulasserie qui conduisent à cet instantané où le monde bascule, où les verrous sautent, les plombs pètent, les digues cèdent, précipitant l’humain dans le faits divers terrifiant ou sordide, ou tout simplement titre et banal à en chialer […] Il possède cette qualité rare de sincérité, de tendresse, d’engagement total aux côtés des protagonistes et toujours se refuse à les juger.

En effet, une vraie sensibilité émane des histoires racontées par Thierry Crifo, dans ces portraits qui dessinent les blessures et les petits bonheurs de ses personnages. Que les dénouement soient sombres ou plus optimistes, les récits sont forts en images véridiques, parfois cruelles, comme en émotions. Pour les lecteurs connaissant encore peu ou mal cet auteur, ce recueil est le bienvenu.

Dans Les portes de la liberté, Édith sort de prison après trois ans de détention. Elle redécouvre la normalité, le plaisir d’un repas dans une brasserie et d’une après-midi sensuelle avec le serveur. Le soir, elle prend le train pour Paris. Elle remarque une jeune fille suspecte, qui dérobe bientôt le portefeuille d’un homme âgé. Maryse l’oblige à le rendre. Le vieux monsieur la remercie. A la gare Montparnasse, la jeune voleuse a été arrêtée. On désigne Maryse comme témoin. Elle refuse de dénoncer la fille. Vu sa situation, Maryse risque d’être impliquée... Marguerite, 79 ans, veuve depuis quelques mois, est l‘héroïne de Marguerite et les dimanches. À Saint-Mandé, son appartement est bien ordonné. Restant très active, elle aide volontiers le voisinage. Elle a de vieilles copines, fréquente la Maison de Quartier, participe à des activités théâtrales. Pour Marguerite, le dimanche est sacré. Ce jour lui rappelle tant de souvenirs liés à son défunt mari, Ernest. Et puis, il y a la coiffeuse et le marché. Ce dimanche-là, elle ne se réveille pas dans son état normal…

Dans Les pauvres ne se lavent jamais le lundi, retour sur l’histoire de Jeanne qui, gamine, trouva son prince charmant aux abords d’un Bains-Douches. Paris la pute nous présente Ginette, âgée de soixante-cinq ans. Elle se prostitue dans une Mercedes de location, du côté de la Madeleine. Le client se fait rare pour les putes défraîchies, mais il y a des miracles. Et puis, quand arrive le matin, Ginette reprend sa vie ordinaire de la journée. Autres ambiances pour Bella Ciao, coco et Destins dans la nuit, mais toujours des protagonistes attachants.

Toutefois, le héros le plus insolite est probablement celui de La vengeance du maso. Les clubs de nuit permettent tous les fantasmes. On y côtoie des couples libertins ou carrément plus pervers, oubliant ainsi la banalité de leur quotidien en jouant les oiseaux nocturnes. Si Jeanne accompagne Max, ami pas amant, c’est juste pour tromper le manque de passion dans sa vie. Si un vieux masochiste octogénaire se livre sur la scène d’un club, c’est pour son seul plaisir. Ceux qui ne comprennent pas ça, qui portent sur lui un regard humiliant, risquent d’être victimes de son ultime vengeance. À moins qu’une rencontre ne change tout…

Très belle initiative de réunir ces sept nouvelles, dont deux inédites et d’autres publiées ça et là, parfois réécrites pour ce recueil. Des textes sombres, éclairés non pas par les néons de la nuits, mais par une écriture de grande qualité.