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Publié par CLN

 

13-JONQUET-Seuil

Né en 1954, Thierry Jonquet est brutalement décédé en août 2009. Il a publié une bonne vingtaine de romans noirs et d'autres pour la jeunesse. Dans ses polars, la folie ou la monstruosité ne sont jamais bien loin. Les réalités sociales, non plus, pas exposées tel que le ferait un auteur engagé (terme qu'il n'aimait pas), mais avec une lucidité certaine. Surtout pas soumis aux schémas politiques, qu'il avait un temps suivis, il apporta au roman noir sa propre tonalité, son univers issu du vécu (hospitalier, en particulier). On ne perd jamais son temps à lire ou relire les romans de Jonquet, redécouvrant leur force à chaque fois.

Il écrivit également bon nombre de nouvelles, pour des magazines et divers journaux. Vingt-et-un de ces textes ont été rassemblés pour la première fois, présentés dans cette édition par Hervé Delouche. Ce dernier connaît fort bien l'œuvre de Jonquet, ayant par le passé écrit préfaces ou postface pour quelques-uns de ses titres. Quant au parcours littéraire et humain de Thierry Jonquet, c'est lui-même qui le raconte ici dans «Voilà comment ça s'est passé», premier texte de cette sélection. Il faut enchaîner avec le suivant, «Sommeil», où il raconte de façon onirique sa rencontre avec le directeur de collection de la Série Noire, Robert Soulat. Voici huit autres exemples des nouvelles réunies dans ce livre. En commençant par l'inédit, donnant son titre au recueil...

«400 coups de ciseaux» : Isabelle est une jeune femme d'une trentaine d'années. Son mariage, comme bien d'autres choses, ce n'est pas elle qui en décida six ans plus tôt. Ingénieur, Stéphane Bullier était sans le sou. Il a vendu le brevet d'un alliage au père de sa future épouse. Il a obtenu un poste, des parts de l'entreprise. Il est entré dans la famille par le mariage. Très vite, Stéphane l'a obligée à se saouler, la faisant devenir alcoolique. Il l'a humiliée en jouant les pervers avec d'autres filles. Stéphane est un monstre qu'elle hait. Elle a décidé de l'assassiner. En simulant peut-être une mort accidentelle. Stéphane étant joueur de poker, on peut profiter de ses soirées chez son ami Nartier. Depuis qu'Isabelle a cessé de boire, un plan s'est mis en place dans sa tête.

Elle dérobe une forte somme dans le coffre de son mari détesté. Elle a maintenant besoin d'un complice, un exécutant. C'est parmi les SDF qu'elle repère le moins décrépit d'entre eux. Il se prénomme Claude. Elle l'approche par l'argent, lui permettant de recouvrer un peu de dignité. Puis elle lui explique ce qu'elle attend de lui. Bien sûr, suite au décès, la police est sur l'affaire. Pourtant, c'est surtout l'enquêteur d'une compagnie d'assurance qui va s'intéresser au dossier. Et partir sur une fausse piste: Stéphane ayant vendu l'usine à un groupe allemand, le père d'Isabelle est le premier suspect...

«Mémé Zonzon, le mystère de la cellule 604» : Native de Montélimar, Adélaïde monta à Paris après-guerre, à l'âge de vingt-quatre ans. Comme beaucoup de naïves, elle fut éblouie par la vie facile. Une existence qui mène rapidement au trottoir. Prostituée, tel a été son métier jusqu'à soixante-cinq ans. Adélaïde imagine le meilleur moyen de prendre sa retraite et, douze ans plus tard, de s'éclipser non sans que son esprit plane encore.

«Saint-Cantan in memoriam» : Le docteur Saint-Cantan était un psychiatre à la vocation affirmée. Un passionné des barjots, des dingues, des malades mentaux en tous genres. Il ne croyait qu'aux traitements concret, neuroleptiques et électrochocs, et puis on mesure le résultat. Inefficace, la plupart du temps, mais seule méthode acceptable. À la surprise générale, il accepta la proposition d'un jeune interne, Ladnier. Il s'agissait de tester une sorte de sociothérapie, par l'écriture. Une expérience pas bien dangereuse ?

«L'imprudent» : Âgé de trente-huit ans, Lucien Richet est commercial dans une société. Un homme stable et droit, sans histoire. Néanmoins, il va avoir a répondre à la Justice. Une affaire qui pourrait faire rire le substitut du procureur, tant elle est incongrue. Certes, Richet est célibataire, avec des maîtresses occasionnelles. Mais on ne s'attendrait pas de sa part à ce qui s'est produit. Un acte aussi pervers dans un cadre champêtre, qui aurait pu beaucoup plus mal se terminer à cause du nommé Nestor. Il s'agit de résumer les faits.

«C'est toujours les p'tits qui trinquent» : Ben quoi, devant le juge, il ne va pas nier les faits. À soixante-cinq ans, pauvre ouvrier bientôt retraité qu'il est, on le reprocherait le petit trafic auquel il a participé ? Frédo, Mimile et Gégé étaient aussi de la partie. Pas de quoi faire trinquer des fossoyeurs qui n'y voyaient aucune malice, non mais.

«Un débat citoyen» : Dans les années 2025, Pierre Cassandras est un brillant journaliste de terrain. Très connu, il se reconvertit dans la présentation du journal télévisé. Sachant que la concurrence est rude (l'autre chaîne majeure programme du cul à la même heure), il doit proposer des sujets forts. La deuxième partie du JT est donc consacrée à un débat citoyen, entre Kevin et Mouloud. Une rivalité de quartiers, qui annonce des étincelles, ce n'est pas mauvais pour l'audience.

«Votre histoire ne tient pas la route» : Adrien Gandieux est contaminé depuis son plus jeune âge par le virus de l'écriture. Ses expériences en «ateliers d'écriture» lui confirment qu'il possède de véritables qualités. Bien que ses premiers romans aient été refusés par les éditeurs, Adrien ne se découragea nullement. À vingt-cinq ans, tous les espoirs lui étaient encore permis. Dans le polar, par exemple, ce qu'il n'avait pas encore tenté. Encore qu'une histoire de chauffeur de car violant ses passagères attardées mentales et n'étant que tardivement inquiété, c'est trop peu crédible pour être publié.

«Pas de fleurs pour Algernon» : Et s'il était possible de concrétiser le cas raconté dans le célèbre roman de Daniel Keyes, ayant pour héros Charlie et la souris Algernon ? C'est ce qu'a tenté depuis deux ans le Pr Nielsen, avec l'athlète Verneuil. Loin du dopage basique, mais en créant un gène, un produit transgénique qui supprime la fatigue et accroît les performances. Il est bon de continuer les tests, les entraînements, bien entendu.