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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Thierry Jonquet : Mémoire en cage (Ed.Folio)

JONQUET-MémoireVoilà deux ans que la jeune Cynthia est hospitalisée à l’Institut de réadaptation, à Saint-Maurice, près du Bois de Vincennes. Elle se trouve au Pavillon C, celui des infirmes moteurs cérébraux. Handicapée très atteinte, se déplaçant dans son fauteuil électrique, on la traite comme une loque. Cynthia aura prochainement atteint la limite d’âge pour être hébergée ici. Ce que le Dr Morier attend avec impatience, pour l’éjecter de l’Institut. Cynthia reste muette, jouant la débilité. Pourtant, elle n’est pas dénuée d’intelligence. En cachette, elle fait des exercices afin de retrouver une élocution audible. Surtout, une double haine lui permet de ne pas se laisser aller.

D’une part, elle pense à sa “conne de mère” et à son salaud de compagnon, qui tiennent une auberge à Attencourt, dans la Somme. S’ils ne l’accueillent pas cette été pour les vacances, c’est que l’an dernier Cynthia les a publiquement humiliés. D’autre part, celui qu’elle surnomme “l’ordure”, c’est le Dr Morier. Le médecin est l’ex-gendre du Pr Planet, patron de l’Institut. Depuis un certain temps, Morier vit séparé de son épouse Isabelle et de leurs enfants. Il espère que son intervention lors d’une proche conférence, et son livre à paraître, lui redonneront de la crédibilité médicale. Peut-être même cela lui évitera-t-il le divorce.

Début juillet. Étudiant en Lettres, Alain Fornat a été engagé pour l’été à l’Institut. Grâce à sa mère, qui est une voisine d’Isabelle Morier. Alain va veiller chaque nuit sur les trois jeunes patients du Pavillon C qui ne partent pas durant les vacances. Alain fantasme beaucoup sur les femmes, que ce soit l’infirmière Maria ou la belle quadragénaire Isabelle. Il se soulage en allant aux putes, bien que le résultat soit miteux. Le Dr Morier se concentre sur sa future conférence, mais reçoit des appels téléphoniques mêlant supplique et menaces. Alain est étrangement excité par Cynthia. Il passe bientôt à l’acte, ce qui ne semble pas déranger la jeune handicapée.

Quelques jours plus tard, on trouve trois cadavres immolés à l’Institut. Le commissaire Gabelou est chargé de l’enquête. Il n’est pas difficile d’identifié le principal corps, celui du médecin. On interroge son ex-épouse, qui revient d’un séjour à Deauville. On questionne Alain, serein quant à cette affaire, qui se dit l’amant d’Isabelle. Le plan ne présente pas de risque pour lui. Gabelou fait le voyage jusqu’à Attencourt. La mère de Cynthia et son compagnon ont connu un afflux d’argent, mais se sont endettés - l’auberge n’étant pas rentable. Comprendre l’origine des faits, reconstituer le scénario de la soirée du 12 juillet, Gabelou va mettre plusieurs semaines pour approcher une version plausible…

Ce premier roman de Thierry Jonquet a connu plusieurs éditions. Il fut publié en 1982 dans la Collection Sanguine (dirigée par Patrick Mosconi), puis au Fleuve Noir en 1986. Il fut réédité dans une version revue et corrigée en 1995 dans la Série Noire, puis chez Folio. C’est un roman très astucieux, axé sur quatre actes : qui sont les protagonistes, pourquoi agissent-ils ainsi, comment le drame s’est-il produit, quelle est la conclusion de l’affaire ? L’auteur nous donne des bribes d’éléments au fil de l’histoire, le puzzle se composant progressivement. Construction narrative impeccable, donc. Quant aux personnages, dans la dureté de leur sort ou la lâcheté de leurs actes, ils sont extrêmement bien décrits. Sans apitoiement, malgré le contexte médico-hospitalier. “Mémoire en cage” est assurément à lire ou à relire.

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