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Publié par CLN

 

13-COOK-1À Winthrop, George Gates est expert pour rédiger des portraits de personnalités locales, articles destinés au journal de cette petite ville. Cet écrivain a longtemps voyagé à travers le monde, ne négligeant pas d’en observer les facettes sombres. Finalement, il fonda une famille ici. Désormais, il vit seul, son fils Teddy ayant été enlevé et assassiné sept ans plus tôt. On n’identifia jamais le criminel. N’avoir pas su protéger son fils rend maussade George Gates, aujourd’hui encore. Ancien flic, Arlo McBride ne put conclure deux enquêtes. Celle concernant Teddy, et une autre sur la disparition d’une poétesse de la région, Katherine Carr. Un suicide, selon la version officielle, peu satisfaisante. Par ailleurs, le cas de la jeune Alice, douze ans, ne peut laisser George Gates insensible. Atteinte de progéria, maladie du vieillissement accéléré, elle est très lucide sur son cas. Passionnée d’histoires à suspense, elle va l’aider dans ses investigations sur l’affaire Katherine Carr.

La disparition, quelque peu mélodramatique, de cette femme de trente et un ans date d’une vingtaine d’années. Si elle logeait en centre-ville, c’est qu’elle avait été violemment agressée un peu plus tôt dans la ferme isolée où elle habitait. Après cette attaque, elle vécut presque en recluse, sortant peu, n’écrivant officiellement plus. En réalité, Katherine avait confié un manuscrit à son amie Audrey. Celle-ci accepte d’en prêter une copie à Georges Gates. Alice et lui vont le lire, l’étudier, le disséquer. Curieuse histoire mettant en scène un nommé Maldrow et son Chef, qui semblent animés de mauvaises intentions envers Katherine Carr elle-même. Encore que le rôle de Maldrow soit moins limpide que celui d’un simple tueur. Le scénario ressemble aux prémices de la disparition de Katherine, qui fut en effet surveillée par un inconnu pendant quelques temps. Du moins peut-on le penser, car les témoignages ne sont nullement clairs, à ce sujet non plus.

Alice recherche des renseignements sur les criminels historiques, car il y est fait allusion dans le manuscrit. George Gates interroge Ronald Duckworth, voisin qui fut suspecté d’être l’inconnu traquant Katherine. Il était hospitalisé quand elle a disparu, suite à une violente agression très bizarre. Étant enfant, le fils d’Audrey assista, lui, à l’attaque subie par Katherine à la ferme. La réaction de celle-ci le marqua : J’ai vu son visage quand elle s’est retournée après avoir regardé cet homme. Ce n’était pas le visage d’une victime, mais celui d’une femme qui avait bien l’intention de rendre coup pour coup. Peut-être George devrait-il fouiner sur la piste d’un ex-employé de l’ancien abattoir, ou porter attention aux propos de cette femme inconnue qui s’adresse à lui ? Des types au passé criminel ou louche, il en est question autour de lui. Tandis que la mort avance, George essaie de percevoir la présence concrète du mal, comme semblait la ressentir Katherine…

Il existe de multiples manières de raconter une histoire. Avec Thomas H.Cook, il ne faut pas s’attendre à une enquête balisée. Marie-Caroline Aubert, son éditrice française, avait bien raison d’évoquer dans une récente interview un suspense gothique, frôlant le surnaturel, où l'on passe souvent de l'autre côté du miroir. Envoûtant, étrange, d'une construction très élaborée comme toujours. que jamais, cet auteur expérimenté cultive les ambiances. Avec lui, on s’enfonce dans un épais brouillard de mystère, d’où aucune réponse ne parait pouvoir émerger.

Peut-être n’est-ce pas nécessaire, d’ailleurs. Car, en souvenir d’une rencontre à Vienne (Autriche), c’est au non-visible que s’intéresse finalement le héros de ce roman. Ce qu’il résume ainsi, au dénouement : Une étrange lumière intérieure diffusait un éclat légèrement bleuté sur son visage, et sur ce visage, je lus toute une myriade de sentiments : chagrin, douleur, perte, pitié, et à cet instant, le bizarre et le fantastique, les touchers fantomatiques et les évènements insolites, les curieuses coïncidences et les coups du sort inexplicables se pétrifièrent dans mon esprit au point que j’eus la sensation d’être soudain tout au bord d’un étrange précipice face à une insondable infinité de possibles. On remarque bien ici l’écriture raffinée de Thomas H.Cook, idéalement traduite par Philippe Loubat-Delranc. Quant au scénario, il s’avère diaboliquement fascinant. Encore un titre remarquable de cet écrivain de qualité supérieure.