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Les chroniques polars et bédé        de Claude Le Nocher - ABC POLAR

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Yishaï Sarid : Le Poète de Gaza (Actes Noirs, 2011)

SARID-2011Agent confirmé des services secrets israéliens, son rôle consiste à empêcher les attentats suicide. Il passe une grande partie de son temps à interroger proches et amis des gens soupçonnés de terrorisme. La méthode psychologique ne donne pas forcément de bons résultats, aussi doit-on souvent rudoyer les témoins, les maltraiter au besoin. Marié à Siggie, père d’un enfant de quatre ans, l’Agent ne passe guère de temps auprès de sa famille. De plus en plus écœurée par cette situation, son épouse a accepté un poste à Boston où elle va s’installer bientôt, avec leur fils. Quand un incident mortel se produit lors d’un interrogatoire, son supérieur Haïm ne peut disculper totalement l’Agent. Prendre un peu de repos, quelques heures en famille au bord de la Mer Morte, ne suffit pas. D’autant qu’il a une autre mission en cours, dont les résultats apparaissent fort aléatoires.

Près d’un quart de siècle plus tôt, Dafna fut une romancière prometteuse. Mariée à un cinéaste inspiré, elle connut un beau succès avant de tomber dans un quasi anonymat. Se faisant passer pour un écrivain amateur ayant besoin de conseils, l’Agent prend des cours auprès de Dafna. Celle-ci a besoin d’aide pour son ami de toujours, le poète palestinien Hani. Atteint d’un cancer en phase terminale, pour qu’il vive paisiblement ses derniers jours, elle voudrait qu’il soit soigné en Israël. C’est par ce biais que l’Agent espère mettre la main sur le fils de Hani, chef présumé d’un réseau terroriste. Censé être un riche Israélien disposant de relations haut placées, l’Agent ne peut pourtant pas brusquer les choses. Dafna a un autre gros problème à régler. Consommateur de drogue endetté, son propre fils Yotam se cache et végète dans une cabane sur la plage de Césarée.

Selon l’arrogant jeune junkie, c’est le puissant Nokhi Azria qui est cause de ses problèmes. Yotam aurait passé pour lui de la drogue des Etats-Unis vers Israël, avant de détruire la dernière livraison. D’où cette dette, que Yotam est incapable de rembourser. Bien qu’Azria soit très protégé, l’Agent parvient à converser avec lui. Sans doute le financier n’est-il pas un saint, mais la version du jeune homme est loin de la vérité. Même si Yotam rentre à Tel-Aviv, il ne restera pas moins accro à la drogue. Très affaibli, le poète Hani s’est installé chez Dafna après un séjour à l’hôpital. Comme l’indiquaient de vieux rapports sur lui, c’est un modéré n’ayant jamais menacé le pays. L’Agent sympathise vite avec le Palestinien Hani, tout en sentant que Dafna n’est pas complètement dupe de leur relation. Même s’il mène a bien cette dernière mission, l’avenir de l’Agent reste incertain…

Ce sujet sensible et toujours actuel est traité de façon remarquable et nuancée par l’auteur. Il ne s’agit pas de l’histoire idéalisée d’un faucon devenant colombe, ce qui aurait peu de sens. Cet Agent fut recruté alors qu’il était étudiant, pour sa culture et son sens psychologique, pour préserver la paix. Le patriotisme est logiquement une notion très forte chez les Israéliens. On nous confirme ici l’efficacité des services secrets de cet État. Il serait vain de nier les attentats meurtriers perpétrés par des extrémistes. Toutefois, au nom de la sécurité d’Israël, tortures et mauvais traitements sont-ils acceptables ? Enfermer à Gaza toute une population palestinienne coupable, est-ce tolérable ? La politique israélienne considérant tous les Arabes comme de monstrueux ennemis est-elle justifiée ? Telles sont les questions sous-jacentes que pose Yishaï Sarid. Une normalisation pacifique entre Israël et ses voisins semble éternellement possible autant qu’improbable. Bien maîtrisée, l’intrigue à suspense évite le manichéisme facile, le propos démonstratif. À travers les personnages, c’est la réalité humaine de chacun, leurs parcours individuels, qui importe. Même s’il ne peut afficher une vraie franchise, l’Agent devrait finir par le comprendre. Les lecteurs aussi, bien évidemment. Un roman d’une très belle justesse, carrément passionnant.

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