Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Claude LE NOCHER

Gyles Brandreth : Oscar Wilde et le mystère de Reading (Éd. 10-18) – Inédit 2013 –

Oscar Wilde avait du talent, un nom réputé, une position sociale élevée, un esprit brillant et de l'audace intellectuelle. Adulé, il prenait son plaisir là où il lui plaisait, sans se soucier des sentiments des autres, ni de sa famille. Fin mai 1895, arriva la chute brutale, avec la ruine et le déshonneur. À cause de ses mœurs, Oscar Wilde fut condamné à deux ans de travaux forcés. Le même jour, la perpétuité pour Sebastian Atitis-Snake passa inaperçue, alors qu'il avait empoisonné son épouse et se faisait passer pour fou. Celui qu'on désigna à la vindicte générale, ce fut uniquement Oscar Wilde. Et si on le retrouve, deux ans plus tard sous de nom de Mr Melmoth à la terrasse d'un bistrot de Dieppe, ruiné mais sauf, Oscar Wilde n'en a pas moins été confronté entre-temps aux pires avanies.

Dès son incarcération à la prison de Pentonville, il pénètre en enfer. Si sa santé faiblit vite, ce sont les humiliations qui le touchent plus que tout. Son transfert à Wandsworth ne va pas améliorer son état. D'autant que son gardien est particulièrement cruel. Ce dernier meurt étrangement, avant qu'Oscar Wilde sot transféré dans les geôles de Reading. C'est là qu'il purgera l'essentiel de sa peine, sous le matricule C.3.3. Les règles sont appliquées strictement ici, surtout celle du silence. Ce qui est le plus difficile pour le fin causeur Oscar Wilde. Il parvient à échanger quelque peu avec le gardien Stokes, ainsi qu'avec le Docteur Maurice. Oscar Wilde et le médecin ont un ami en commun, Conan Doyle. La sympathie a ses limites, à travers le règlement de la prison, fait pour isoler chaque détenu.

Le gardien Braddle n'a aucune intention d'inclure C.3.3. parmi ses “protégés” ─ même si le directeur de la prison rejette cette vérité, certains sont mieux traités. Oscar parvient à établir le contact avec le prisonnier de la cellule voisine. Achindra Acala Luck est Indien. Cet ancien soldat fut au service de l'érudit orientaliste Richard Burton (1821-1890). Oscar s'interroge sur le jeune Tom Lewis, qui n'a sans doute pas sa place dans cet enfer. Il croise ponctuellement celui qui fut condamné le même jour que lui, Sebastien Atitis-Snake. Ce dernier, qui n'est pas fou selon le Dr Maurice, n'a pas l'intention de mourir à Reading. Il a écrit au ministre pour réviser son cas. Le jour où on apprend le décès de la mère d'Oscar, le gardien Braddle fait une chute mortelle dans les coursives de la prison.

Difficile d'admettre un suicide ou un accident, même si cette version suffirait au directeur. Les faits se sont produits devant la cellule d'Oscar. Plusieurs détenus font de possibles suspects. Présents aussi, le jeune Tom Lewis, l'aumônier et le médecin, apparaissent peu soupçonnables. Bien qu'ayant joué au détective avec Conan Doyle, Oscar ne peut guère aider le directeur. Surtout pas quand l'Indien de la cellule voisine prétend, avec fourberie, avoir tué le gardien. Oscar est bientôt affecté au jardin de la prison. Ça convient mieux à sa santé, et ça lui permet d'observer l'activité. Spontanément, le vrai assassin du gardien avoue son crime. Ce qui, pour autant, ne lève pas le mystère dans cette affaire...

 

Ce sixième roman – inédit – de la série ayant pour héros Oscar Wilde est probablement celui qui nous rapproche le plus de ce personnage. Bien sûr, son intelligence et sa finesse d'esprit séduisent dès que l'on s'intéresse à lui et à son œuvre. Ici, c'est la période la plus noire de sa vie qui est retracée. Douloureuse épreuve, sûrement davantage causée par ceux qui le jalousaient, que par l'accusation d'homosexualité. Jugement absurde, s'il en fut. Le début de la fin, car Oscar Wilde est conscient d'être devenu un paria. Il garde toute sa dignité, face au système pénitentiaire atroce. Afin d'accentuer la perte de leur identité, outre l'anonymat dû à leur matricule, les détenus sont masqués d'un bonnet couvrant.

Intrigue criminelle, où Oscar Wilde mène l'enquête au cœur des geôles de Reading ? Oui, dans une certaine mesure. Émule de Sherlock Holmes, il n'oublie pas l'adage du détective créé par son ami Conan Doyle : “Une fois éliminées toutes les impossibilités, l'hypothèse restante, aussi improbable qu'elle soit, doit être la bonne.” Des morts et une énigme, dont les détails seront éclaircis finalement. Toutefois, c'est bel et bien l'ambiance dans laquelle baigne Oscar Wilde, à son corps défendant mais sans trop perdre sa lucidité, qui donne de la force à cette histoire. Un épisode à la fois convaincant et plutôt touchant de cette série.