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Publié par Claude LE NOCHER

JacquesOuvard : Le plongeon de frère Boileau (Le Masque, 1964)

De son vrai nom Roger Guichardan, Jacques Ouvard (1906-1985) était un ecclésiastique qui écrivit une vingtaine de romans policiers de 1959 à 1981. Son premier titre “L'assassin est dans le couvent” (Éd.Le Masque) fut récompensé par le Prix du Roman d'aventure. Le héros de ces romans est le frère Boileau, un moine entré dans les ordres après avoir été un brillant policier de la P.J. parisienne. On ne peut pas le comparer au Père Brown, de G.K.Chesterton, mais plus sûrement à sœur Angèle. Les aventures de ce personnage créé par Henri Catalan (H.Dupuy-Mazuel), nonne détective de l'Ordre de Saint-Vincent-de-Paul, furent publiées chez le même éditeur de 1952 à 1959. On comprendra que le frère Boileau de Jacques Ouvard prend sa suite, et que le Prix est destiné à lancer cette nouvelle série. Pour autant, ces suspenses sont loin d'être médiocres. En multipliant les hypothèses et les suspects, on obtient un résultat qui tient en haleine les lecteurs.

Pourquoi présenter ici “Le plongeon du frère Boileau”, cinquième titre de cette série ? On sent que l'auteur est déjà à l'aise avec son héros, qu'il maîtrise son contexte. C'est aussi parce que l'intrigue prend pour décor le Morbihan. Sont parfaitement décrits des lieux que Jacques Ouvard connaissait certainement. Ici, le curé local est appelé le “recteur”, et les Pâtis forment une esplanade à l'abri des remparts de la cité royale. Bien compris aussi, les comportements et les mentalités des personnages, marins ou côtiers. La pêche sardinière est bien évoquée : “Soudain la sardine commence à lever. La bolinche descend. Lestée de plomb, elle laisse pendre vingt-cinq mètres en profondeur son filet de coton très fin. À la surface, des cubes de liège, qui allègent la ralingue supérieure, font comme un gros serpent tordu de cent mètres de long. L'eau bouillonne. Par milliers, les petits ventres argentés tournoient autour de cette provende qui couvre la mer.” Dans la Bretagne de l’époque, le père Boileau observe, écoute, et réfléchit. Suppositions et rebondissements ne manquent pas, jusqu’au dénouement convaincant.

 

Le frère Boileau est amené à enquêter sur le meurtre d’un marin-pêcheur, dans la région de Lorient et Port-Louis. Jadiou faisait partie de l’équipage du chalutier de Le Darec. Il a été retrouvé mort par ses copains, flottant dans la rade. Le Bihan, autre membre du groupe, avait été victime quelques heures plus tôt d’un sérieux accident de moto. Anne Gavinec demanda à son ami l'inspecteur Barbot de mener l’enquête, afin de prouver que Le Bihan n’avait aucun rapport avec la mort de Jadiou. Ce policier s’adressa à son ancien supérieur hiérarchique, devenu le frère Boileau.

Tous ces marins-pêcheurs se connaissent depuis vingt ans et plus. Leur métier difficile les unit, ils s’entendent bien. Pourtant, le frère Boileau les suspecte : il pense que c’est parmi l’équipage qu’il faut chercher le coupable. Et pas seulement parce qu’ils n’ont, ni les uns, ni les autres, d’alibi crédible. Le mobile du crime pourrait être une rivalité amoureuse. Il devine qu’Anne, une femme encore séduisante, avait plusieurs soupirants ― dont la victime. Lorsque deux autres pêcheurs sont agressés, cette hypothèse paraît moins concevable. Ce qui ne dédouane pas Le Bihan pour autant. Au contraire, selon la police.

On peut envisager aussi une affaire d'argent. Un des marins avait une dette auprès de son défunt copain. Remboursé, affirme-t-il. Possible ! Certains membres de l’équipage pensent que le patron Le Darec s’en tire mieux qu’eux financièrement. Rancœurs peu justifiées, car Le Darec est fidèle en amitié, et l’a démontré. Qui, parmi ces anciens Résistants ayant traversé ensemble de pénibles épreuves et de bons moments, serait devenu un assassin, et pourquoi ? Peut-être le coupable est-il extérieur à leur groupe, après tout. Quelqu'un va tendre un piège au frère Boileau, et l’obliger à plonger dans le Blavet du haut du Pont du Bonhomme.