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Publié par Claude LE NOCHER

Jean-Marc Demetz : Les Œufs de Lewarde (Engelaere Éditions, 2013)

Tout comme le mythique Juif Errant, l'Anonyme d'Anvers aura beaucoup marché durant sa longue vie d'immortel. On le rencontre au début des années 1500 sous les traits d'un alchimiste. Transformer le cuivre en argent en moins de temps que la moyenne, voilà une réussite technique importante. Quelques années plus tard, il sympathise avec le génie que le roi François 1er a ramené d'Italie, Léonard de Vinci. L'Anonyme d'Anvers va hériter des inventions du Maître, ingénieuses et innovantes, mais que le vieux Leonardo n'aura pas la possibilité de réaliser. Du côté d'Arles vers 1547, c'est Michel de Nostredame que le savant anversois vient consulter. Outre la création d'un secret remède contre la peste, l'arlésien a commencé à délirer sur ses prophéties. Quelques-unes des strophes sont annonciatrices d'apocalypse, le pire étant toujours plus le facile à prédire. Toutefois, la véritable quête de l'Anonyme d'Anvers, c'est la Panacée, celle qui permet de tout guérir éternellement.

Aniche est une commune située à cinquante kilomètres au sud de Lille, à une quarantaine à l'est de Lens, un peu au nord de Cambrai. Elle se trouve au cœur du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, ou de ce qu'il en reste. On exploita ici le charbon, avec quatorze puits de mine en activité. Il exista longtemps aussi des usines de verreries. L'Histoire a laissé à Aniche un riche patrimoine industriel, mais aussi la trace du passage de célébrités. Dont Napoléon Bonaparte lui-même, alors jeune officier, qui fricota avec une demoiselle Gerbier. Nantais de naissance, Amiénois par le mariage, Jules Verne vint se documenter à Aniche, en prévision de la largeur des hublots du Nautilus. Ce serait dans cette même commune qu'Émile Zola aurait trouvé son inspiration pour “Germinal”, grâce au leader gréviste Émile Basly servant de modèle à Étienne Lantier. Le point commun entre Verne et Zola, c'est un petit carnet légué par un ancien mineur barbu prénommé Anselme.

Où est donc passé notre Anonyme ? Il réapparaît vers 1910, sous les traits de l'industriel Edmond Danvers. Il va relancer l'exploitation des mines d'Aniche et de Lewarde jusqu'en 1971, fin de l'époque du charbon. Aujourd'hui, les réunions syndicales des mineurs ont cédé la place à celles des buveurs de bière, au bistrot de Bob. Avec Bubu l'anar bricolo, Fifi l'érudit en histoire locale, et Léo l'ancien ouvrier de verrerie, marié à Annie, archiviste au Centre Historique minier de Lewarde. Cette dernière est depuis peu comme envoûtée par un coffre jamais exploré par ceux qui étudient le passé de la région. Léo et ses amis vont l'aider à ouvrir cette boite de Pandore. Ce qui va les entraîner dans des aventures agitées autant que souterraines. Peut-être ont-ils tort de réveiller les démons d'antan...

 

C'est une intrigue teintée de Fantastique, que nous propose Jean-Marc Demetz, dans la collection 666 publiée chez Engelaere Éditions. Un voyage à travers le temps commençant tel un puzzle, où l'on a plaisir à croiser plusieurs grands personnages historiques, avant d'en arriver à la période actuelle. Le dénouement ne manque pas de saveur, puisqu'on saura enfin ce que sont les fameux Œufs évoqués dans le titre. Précisons qu'ils n'ont rien à voir avec les Œufs de Fabergé, objets symboliques du luxe.

À l'opposé de la richesse, Aniche représente la mémoire des houillères et des verreries, et celle du monde ouvrier qui y fut longtemps employé dans des conditions si difficiles. L'auteur rend hommage au poignant roman de Zola “Germinal”. Un ouvrage qui mérite d'être lu attentivement, car il témoigne avec un réalisme magistral du vécu d'une population. Que ceux qui, parmi les intellos, méprisent encore Émile Zola lisent vraiment son œuvre. Sans doute, le rappel du passé local est-il aussi intéressant dans le roman de Jean-Marc Demetz que le mystère proprement-dit. Un livre à découvrir.