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Publié par Claude LE NOCHER

Jean-Pierre Ferrière : Ma mort aura ton visage (Éditions Campanile, 2013)

Sourde et muette, âgée de dix-huit ans, Anne Marezki vient habiter à Cannes chez sa mère, la riche Jessica. Veuve, celle-ci a hérité de l'immense fortune de son premier époux, un industriel de Grasse. Elle est mariée depuis cinq ans à Julien Valoret, compositeur et auteur de chansons. Solitaire, Anne communique en écrivant sur une ardoise ou un bloc. Elle se sent de grandes affinités avec Julien. Le couple Valoret bat de l'aile, pas seulement à cause de leur différence d'âge. Elle a quarante-quatre ans, lui trente-cinq. Bien que terriblement jalouse, Jessica a toléré quelques passades de son séducteur de mari. Elle imagine à juste titre que la relation de Julien avec la chanteuse Corinne est plus sérieuse. Effectivement, Julien est amoureux, au point d'envisager de quitter sa femme. Toutefois, ayant connu des temps difficiles, il n'a aucune envie de se retrouver sans argent.

Anne a fait la connaissance du jeune Amado. Motard marginal, il apporte de la fantaisie dans la vie de la handicapée. Ils deviennent bientôt amants. Anne observe sa mère et son beau-père, devinant que ça ne tourne plus rond. D'ailleurs, Jessica a engagé un détective privé pour espionner Julien et Corinne. Tous deux jouent la comédie du professionnalisme devant lui. Dans le même temps, Julien a acquis une petite maison près de Bûgnes, pour Corinne. Dans ce village isolé, ils peuvent se rencontrer en cachette. L'idée d'assassiner Jessica commence à germer dans l'esprit de Julien. Un soir, il sabote la voiture de son épouse, espérant causer un accident mortel dès le lendemain. Pourtant, cette première tentative de meurtre va tourner court. Anne et Amado sont intervenus à temps. La jeune fille commence à éprouver de l'hostilité pour son beau-père.

Les hasards de la vie vont offrir une solution à Julien. Il se déplace à Paris pour un rendez-vous avec Rodolfi, producteur de séries-télé ayant besoin de musiques pour ses films. Se baladant dans les quartiers qu'il fréquenta, Julien retrouve son ancien copain Maxime. Ce petit délinquant fauché sort d'un séjour de trois mois en prison. Le peu honnête Maxime Thomassin vit avec Ginette, ouvreuse dans un cinéma. Le trio passe la soirée ensemble. L'alcool aidant, un plan est bien vite organisé par Maxime et Julien pour supprimer Jessica. La maison de Bûgnes, dont Corinne s'est lassée, servira à attirer la victime. Il suffira d'exciter la jalousie de Jessica pour que ça fonctionne. Pendant ce temps, Julien disposera d'un alibi incontournable...

 

La plupart des romans de Jean-Pierre Ferrière sont des comédies policières gardant une tonalité amusée, voire une ironie bienvenue. Ce titre apparaît un peu plus sombre que les autres. Malgré le contexte “dolce vita–Côte d'Azur–années 60”, l'ambiance n'est pas si festive. Probablement parce que mari et femme forment une belle paire d'égoïstes. Elle ne s'intéresse pas à sa fille, et entend garder ce mari qu'elle a acheté avec sa fortune. Quant à lui, sans doute est-il amoureux d'une autre, mais c'est autant à la liberté et à son confort qu'il pense. Malgré son handicap, Anne est assurément la plus lucide et la moins pitoyable dans cette histoire. Elle seule donne un peu de luminosité, par rapport à la grisaille qui règne sur Julien et Jessica.

S'il y a quelques seconds rôles (Amado, Corinne, Maxime, Ginette), l'essentiel de l'intrigue tourne autour de ce trio. Inutile d'alimenter une intrigue avec une ribambelle de protagonistes, de créer une confusion factice, alors que c'est juste sur ce couple que plane la mort. On ne répétera jamais assez que la fluidité narrative est le premier atout des meilleurs auteurs, tel que J.P.Ferrière. Bien sûr, aucun temps mort dans ce récit, dont le dénouement s'avère excellent. En nous proposant ces nouvelles rééditions au format poche, les Éditions Campanile ont pris là une initiative de bon aloi, en cet été 2013.