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Publié par Claude LE NOCHER

L.C.Tyler : Homicides multiples dans un hôtel miteux des bords de Loire (Sonatine Éditions, 2013)

Agente littéraire à Londres, Elsie Thirkettle s'occupe des intérêts d'Ethelred Tressider, peu connu parmi les auteurs de polars, romancier utilisant plusieurs pseudos. À vrai dire, Elsie “s'occupait” de Tressider, car celui-ci s'est envolé depuis quelques temps. Peut-être crise de la cinquantaine, envie de goûter aux plaisirs du monde avec sa conquête du moment. Il semble bien qu'après un détour par Goa, en Inde, Tressider ait actuellement échoué dans un hôtel médiocre du Val de Loire, en France. C'est là qu'en ce mois de décembre, Elsie le retrouve, à court d'argent depuis qu'elle a supprimé ses cartes de crédit. L'hôtel a accueilli des philatélistes venus pour une foire aux timbres, mais la plupart sont déjà repartis. Elsie est folle des meilleurs chocolats, ce qui lui fait un point commun avec Davidov, client russe de l'établissement. S'il est réellement philatéliste, c'est surtout un riche homme d'affaires.

Il ne jouit pas d'une parfaite réputation, Davidov. La ville indienne de Yacoubabad a été polluée, causant sept cent morts, à cause d'une de ses usines. Ce qui lui ferme les portes de quelques investissements qu'il avait programmé. Présent dans cet hôtel, Jonathan Gold est un militant écologiste qui lui voue une haine féroce. Par contre, Elsie se laisserait volontiers séduire par Gold, qui reste plein de froideur. Le meurtre de Jonathan Gold, qui a été poignardé, entraîne une enquête. Avec interdiction pour les clients de quitter l'hôtel. Pour Elsie, Davidov s'avère le suspect logique. Mais peu après, le Russe décède d'une crise cardiaque. Peut-être y a-t-il un lien avec cette enveloppe qu'il a retrouvée vide dans le coffre-fort de l'hôtel, ou pas du tout. Vérification faite, la mort de Davidov n'est pas si naturelle. Il a été empoisonné avec des chocolats fins, son péché mignon.

Elsie a glané clandestinement quelques indices dans la chambre du Russe, mais ne sait en tirer parti. Herbert Proctor, autre client, frôle aussi l'empoisonnement, avant qu'un lavage d'estomac y remédie. En fait, ce fouineur cherchait un moyen de quitter l'hôtel. Dans la clientèle confinée ici, il y encore une poignée d'Anglais et une famille de Danois. Elsie n'a pas oublié cette histoire embrouillée autour d'un timbre rare valant une fortune, une affaire prenant son origine au Danemark. Bizarre qu'un diplomate danois comme Pedersen séjourne dans cet hôtel miteux, d'ailleurs.

Proctor s'arrange pour faire le mur, pris en filature par Elsie. Elle se demande ce qu'il manigance avec cette clé de consigne, à la gare. Elle n'est pas prête à croire que ce soit un détective à la recherche du fameux timbre rare. Tressider n'a pas tout dit à Elsie. Il est là pour accomplir une nébuleuse mission, à laquelle lui-même ne comprend rien. L'enquêteur français supplie Elsie : “À l'avenir, par pitié, restez en dehors des enquêtes de police... Par pitié, ne portez pas d'accusation contre les autres clients à moins d'avoir quelque chose qui ressemble vaguement à une preuve.” Elle acquiesce, mais ne continue pas moins à suspecter chacun. Une vidéo sur YouTube la met sur une piste intéressante...

 

En utilisant la formule “comédie policière”, on risque de transmettre l'idée qu'on parle d'un petit roman léger, agréable mais peu inspiré, cherchant les effets amusants au détriment d'une vraie intrigue. Ce serait oublier l'inventivité enjouée de tant d'auteurs anglais. Avec ce deuxième titre, L.C.Tyler fait preuve d'une belle virtuosité pour marier suspense et humour. C'est à deux voix, celles d'Elsie et de Tressider, qu'on nous raconte ce drôle de séjour dans un hôtel français. Énigme en lieu clos, ou presque, dans la tradition du polar britannique, donc. L'auteur sourit de quelques références à Agatha Christie, Elsie ayant tendance à se prendre pour Miss Marple (plus féminine qu'Hercule Poirot, quand même).

L'écrivain Tressider nous gratifie de ses réflexions sur divers moyens d'occire une victime, sur l'usage (largement répandu dans les romans) de plusieurs poisons ou (plus rare) du poignard, compare les meurtres réels avec les crimes fictionnels. Après moult rebondissements, c'est forcément lors d'une réunion des principaux protagonistes qu'est exposée l'explication finale. L.C.Tyler joue ironiquement avec les codes et conventions de la littérature policière classique. C'est une comédie policière délicieusement excitante qu'il nous a concoctée ici, pour notre plus grand plaisir.