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Publié par Claude LE NOCHER

Margot D.Marguerite : Pliera bien qui pliera le dernier (Éditions Baleine, 2013) Le Poulpe

Est-il possible que certains lecteurs ne connaissent pas encore Gabriel Lecouvreur, que l'on surnomme Le Poulpe ? Voilà pourtant environ dix-huit ans que des dizaines de ses amis nous racontent ponctuellement ses aventures. Le Poulpe est un personnage libre, curieux, contemporain. Né le 22 mars 1960, Gabriel est donc aujourd'hui quinquagénaire. C'est quelqu'un qui va fouiller, à son compte, dans les désordres et les failles apparents du quotidien. Ses investigations se basent généralement sur des petits faits divers qui expriment la maladie de notre monde. Ce n'est ni un vengeur, ni le représentant d'une loi ou d'une morale, c'est un enquêteur un peu plus libertaire que d'habitude, c'est surtout un témoin. Ses relations avec sa compagne coiffeuse, la blonde Chéryl, passent par des hauts et des bas. Gabriel traîne souvent au bar-restaurant parisien de Maria et Gérard, le Pied de Porc à la Sainte-Scolasse. C'est là que débute ses nouvelles tribulations.

Deux mois après leur rencontre, Gabriel apprend par le journal que Valeria Valochero vient de mourir, d'une façon plutôt suspecte pour un supposé suicide. Cette contorsionniste a été retrouvée noyée dans un aquarium de quarante sur soixante centimètres. Le Poulpe était venu en aide à la belle Valeria, de passage à Paris. Le trapéziste Gino la harcelait avec brutalité, quand Gabriel intervint pour calmer le butor, avant de lui piquer sa grosse Mercedes. Valeria accepta volontiers d'être réconfortée chez lui par le Poulpe. Celui-ci se montra brillant lors de la nuit d'amour ardente, gymnique, torride, qui s'ensuivit. Au matin, la belle Valeria quitta Paris, regagnant dans le Lot le cirque qui l'employait. La nouvelle de sa mort cause un tel choc à Gabriel, déjà dépressif, qu'on doit l'hospitaliser. Il ne tient pas à s'éterniser en ces lieux. Il fait un détour indispensable par chez son vieil ami Pedro, qui lui fournit comme toujours une arme et de vrais-faux papiers d'identité.

Arrivé à Figeac, mis à part un môme, personne ne semble capable de le renseigner sur le cirque Tsointsoin. Il faut dire que c'est à Chafouille-Moiletillac, que le cirque stationne en ce moment. Le Quercy est une charmante région, mais un pur parigot comme Gabriel a de fortes chances de s'y paumer plutôt vingt fois qu'une. Égaré dans la cambrousse, il finit par être sauvé par le GPS de Gérard, qui le guide jusqu'au cirque.

M.Tagada, le directeur, accueille aimablement le Poulpe, qui se présente comme un éminent journaliste. Il ne cache pas à Gabriel que Valeria avait des amants, du genre voyous friqués possédant de grosses bagnoles. Dans la caravane de la contorsionniste, Gabriel est impressionné par la petite taille de l'aquarium fatal. Profitant que M.Tagada se montre coopératif, Gabriel s'installe au sein du cirque Tsointsoin. Parmi les trente personnages hétéroclites qui l'entourent, pas de suspects flagrants. À part peut-être le cuistot Riton. Et aussi ce rouquin qu'il repère, Zano le fakir. À force de se faire cogner, Gabriel comprend que ce petit monde du cirque lui cache bien des choses. Outre des meurtres mal élucidés, il serait bien inspiré de s'intéresser aux traficotages d'un certain Pépé la Sardine...

Après avoir publié aux éditions Baleine “Lola, reine des barbares”, Margot D.Marguerite nous offre une très souriante aventure poulpesque. Racontée par Gabriel en personne, l'histoire est d'autant plus vivante et enjouée. Ses pérégrinations lotoises ne manquent pas de mystère, de protagonistes énigmatiques, ni surtout de rebondissements. Il suffit de suivre notre héros (et de ne pas le perdre de vue, il insiste là-dessus), pour savourer cette intrigue hyper mouvementée. Puisque c'est littéralement “le cirque”, l'auteur ne craint pas d'en rajouter, semblant beaucoup s'amuser. C'est ainsi qu'il exprime sa propre tonalité, vraiment séduisante. Précisons que les admirateurs du Poulpe retrouveront, au passage, tous les éléments de la “bible” initiale. Un suspense extrêmement distrayant, un roman qui se lit pour le plaisir.