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Publié par Claude LE NOCHER

San-Antonio : Mes hommages à la donzelle (Pocket, 2013)

En cette année 1952, le commissaire San-Antonio appartient toujours aux services secrets français, sous les ordres directs du boss. (“Le grand patron est un gringalet qui mesure près de deux mètres et qui a autant de cheveux qu'une ampoule électrique. Il est élégant comme Anthony Eden, et parle dans une langue châtiée ― ce qui ne l'empêche nullement de savourer le pittoresque de mon langage à moi.”) Un scientifique anglais, le professeur Stevens, aux faux-airs de Léon Blum, collabore avec les savants atomistes français. Une formule secrète a récemment disparu de son coffre-fort. Le supérieur de San-Antonio estime que la principale suspecte est Héléna Cavarès, la secrétaire du professeur. Cette jeune femme à la beauté remarquable est actuellement sous surveillance policière.

San-Antonio sait déjà qu'un petit malfrat, Ferdinand, a été engagé pour commettre un vol rue Gambetta, à Boulogne-Billancourt. C'est-à-dire au domicile du professeur Stevens. Un moyen d'expliquer, a posteriori, que la formule secrète ait été perdue. Peu après sa mission, Ferdinand est buté à son domicile. Le bistrotier voisin a noté qu'un type au regard étrange est sorti de l'immeuble, probablement le tueur. Planquant près de chez Stevens, San-Antonio prend bientôt Héléna en filature. Elle a un rendez-vous intime avec son amant, Charles Maubourg. Le policier tente une autre piste, le Champignon Bar, un club de la rue Fontaine. Là, un appel téléphonique anonyme l'envoie dans une propriété de Louveciennes. San-Antonio y découvre le cadavre décapité d'Héléna.

De retour chez Stevens, il s'avère que le scientifique a été enlevé. Quant au cadavre d'Héléna, il n'est plus dans la maison de Louveciennes lorsque les flics s'y pointent. San-Antonio s'aperçoit d'un indice étonnant : bien qu'Anglaise, Héléna parlait plutôt roumain. L'ombre d'un certain Schwartz plane autour du commissaire. C'est au Champignon Bar que l'enquêteur espère trouver des réponses. En réalité, il va être kidnappé par Schwartz (qui ressemble à Boris Karloff) et Bauhm, son homme de main. Avec la complicité de la belle Héléna, bien vivante. Évidemment, bien que fatigué par sa nuit d'investigations, San-Antonio résiste et s'échappe, en embarquant Héléna. Après quelques mésaventures, il retourne au domicile de Stevens afin d'avoir le fin mot de cette affaire...

 

Après “Laissez-tomber la fille” et “Les souris ont la peau tendre”, c'est le troisième San-Antonio publié dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir, en 1952 (pour les puristes, sa quatrième aventure). Pour la première fois, on nous présente physiquement le chef du commissaire. Il deviendra “le Vieux”, mais apparaît ici tel un pro de l'espionnage, pas trop caricatural. On évoque la silhouette d'un flic, peut-être esquisse du futur Bérurier : “Un gros type surnommé Bouboule, qui est un spécialiste de l'interrogatoire. C'est pas qu'il ait de grandes facilités d'élocution, mais il a les pognes les plus éloquentes que j'aie jamais vues... Bouboule s'y entend comme pas un pour rectifier la physionomie de ses contemporains.”

L'atout principal de cette histoire, c'est l'unité de temps qui renforce l'action. Ça démarre vers quatre heures de l'après-midi, pour se conclure une vingtaine d'heures plus tard. Entre-temps, les coups de théâtre divers et variés se sont succédés à bon rythme, sur fonds d'espionnage. À propos de théâtre, l'auteur cite à plusieurs reprises celui du Grand-Guignol, auquel Frédéric Dard collaborait alors. Sa tonalité langagière se dessine de plus en plus dans ce roman, mais il mise encore davantage sur les péripéties que sur l'humour. Suspense et action au programme, pour une intrigue riche en rebondissements.