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Publié par Claude LE NOCHER

Stéphane Durand-Souffland : Frissons d'assises (Éd.Points, 2013)

On a souvent qualifié de “romans de prétoire” les polars mettant en scène des procès. Une formule inexacte, puisque ces fictions ne retracent pas seulement les audiences. On y voit généralement les avocats, ou leurs assistants, mener de véritables enquêtes. Perry Mason reste le plus célèbre de ces défenseurs recherchant activement à rétablir les faits. Cinéma et télévision ont largement exploité ce filon, également. Pourtant, un procès d'assises ne ressemble pas à ces scénarios, aussi inventifs soient-ils. Ce n'est pas un spectacle théâtral dont il est question, même si ça en a quelquefois l'allure. Divers chroniqueurs judiciaires confirment que l'ambiance y est lourde. Dans bien des cas, pénible à supporter, y compris pour ces journalistes. Certes, ceux-ci connaissent déjà une grande partie du dossier qui va être traité. Mais aux Assises, c'est à des personnes bien réelles et à des crimes effectifs que l'on est confrontés. C'est cette réalité-là dont il faut rendre compte pour les médias, comme le fait le chroniqueur Stéphane Durand-Souffland.

La culpabilité ou l'innocence ne sont pas fatalement le sujet principal des procès. L'aveu n'est pas une preuve ultime, puisque nombre de suspects se rétractent. Pour les familles, l'essentiel est que l'accusé parle, explique, justifie son geste criminel. Or, des tueurs en série tels que Patrice Alègre ou Guy Georges n'ont pas les mots pour s'exprimer sur leurs motivations. Cas moins connu, Jean-Louis Catineau (qui tua sa première épouse Régine, avant d'être jugé pour le meurtre de la seconde, Thérèse) n'est pas tellement plus clair. De même, David Hotyat (qui assassina la famille Flactif en Haute-Savoie) n'est pas plus convaincant : “Tout le monde a compris que David Hotyat, humilié par la réussite de Xavier Flactif et sa légèreté à son égard, dépassé par un quintuple crime trop grand pour lui, a inventé une sorte de rêve pour raconter la scène...” Émile Louis n'est guère plus causant, semblant espérer une illusoire prescription pour la majorité de ses crimes. Dans les affaires évoquées ici, on est en droit de le considérer comme le plus répugnant.

Quatre des procès retracés dans ce livre ont une autre connotation. L'affaire Clearstream, et la joute infernale entre les politiciens Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, chacun accusant l'autre de complot. Le meurtre imputé au militant corse Yvan Colonna, qui n'est pas sans d'évidentes zones d'ombre. Et le tardif procès de François Besse, qui fut l'associé de Jacques Mesrine, deux amis aux caractères très différents. Intéressante affaire, car le François Besse jugé à 58 ans en 2002 n'est plus du tout le jeune exalté qu'il fut vingt à vingt-cinq ans plus tôt. Depuis belle lurette, il a compris dans quelle impasse il se trouvait. Enfin, l'affaire Viguier mérite certainement d'être aussi classée à part. Deux procès, un acquittement définitif, pour ce professeur de Droit accusé d'avoir tué et fait disparaître le cadavre de son épouse. Énorme suspicion et imprécisions des explications. Acharnement de certains proches de Suzanne Viguier, on s'en souvient. Mais même quelqu'un de réputé intelligent n'est pas forcément capable de se défendre correctement.

Les autres procès d'assises évoqués sont de purs cas criminels. Tel Jean-Michel Bissonnet, qui fit assassiner son épouse par un analphabète et un aristocrate. Ou Kamel Ben Salah, qui tua deux couples de Hollandais. Le film tourné sur les lieux par la gendarmerie du Gers fut capital dans sa condamnation. Et puis Stéphane Moitoiret et Noëlla Hégo, meurtriers du petit Valentin, dans l'Ain. Peut-être leur cas relève-t-il de la psychiatrie, on ne sait. Sans oublier le couple Fourniret. Lui est un tueur en série, pervers absolu. Monique Olivier, sa compagne, n'apparaît pas une innocente suiveuse qui aurait été fascinée par lui. Comment les considérer autrement que tels des monstres froids ? Citons enfin le trop célèbre ratage d'Outreau. “D'ordinaire, chaque dossier comporte sa faiblesse, même dans les affaires les mieux ficelées. Là, tout le monde s'est fourvoyé : avocats, magistrats, journalistes, services sociaux, police et même, pourrait-on dire, accusés, ont contribué à gonfler la baudruche.” Justice et médias n'ont, d'ailleurs, jamais vraiment fait leur mea culpa.

Quatorze affaires encore récentes, puisque jugées entre 2001 et 2011, sont évoquées par l'auteur de ce livre. Le sous-titre “L'instant où le procès bascule” ne s'applique peut-être pas à tous les cas, soyons justes. Néanmoins, ce sont des moments-clés de ces audiences dont on nous fait partager la tension. “Frissons d'assises” intéressera assurément tous les lecteurs qui se passionnent pour les vraies affaires criminelles.