Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 09:09

 

12-NICHOLSONDans quelques proches décennies, la France est devenue un état sans moyens. La privatisation générale a entraîné la misère pour les plus fragiles, la déscolarisation massive d’enfants, la fin des services publics, la maladie pour les populations qui n’ont pas accès aux soins. La mégalopole parisienne est largement sous la coupe des narco-gangs, qui diffusent une drogue, la D23 et sa version idéale The Perfect One. C’est ainsi que se sont enrichis Flying Bus et sa bande, les Piranhas. Ils imposent une sorte d’ordre social qui ne fait que rendre plus dépendants les junkies. Dans Paris, il reste toutefois des secteurs sécurisés, zones d’affaires ou îlots d’immeubles protégés. Ces lieux sont uniquement destinés aux dirigeants ou aux employés exemplaires, qui dépendent pour l’essentiel de la société Ijing Ltd.

Si le financier Li Wang en est le grand patron, c’est Ted Muller-Smith qui se charge d’administrer les intérêts du groupe en France. Sa grande idée, c’est de créer des villes entièrement sécurisées. Ça s’adresse aux plus riches, cooptés par leurs milieux. À quelques dizaines de minutes de Paris, la ville de Serenitas en est le plus bel exemple. Le narcotrafiquant Flying Bus a les moyens d’y habiter. La Ijing Ltd laisse les autorités françaises se débrouiller avec une insécurité impossible à juguler. Argument imparable pour continuer à bâtir ce genre de villes artificielles. Les projets de Ted Muller-Smith vont nettement plus loin, en réalité. Puisque le problème de la dette de la France n’est toujours pas réglé, il fait pression sur le gouvernement pour parvenir à son but secret.

Le National est le principal journal français, appartenant à la Ijing Ltd. Âgé de 39 ans, père du petit Max, Fjord Keeling y est journaliste. Comme son ex-épouse, Nina Bronce. Si celle-ci est très obéissante envers les directives, Fjord est rebelle à tous les ordres. Soutenu par son supérieur Kessler, il reste un reporter efficace. Témoin d’un attentat nocturne à Pigalle, Fjord filme le désastre. Tout porte à croire qu’il s’agit d’un règlement de comptes entre trafiquants. Version accréditée par l’État, qui envoie l’armée faire de la répression dans les quartiers sensibles. Ce qui favorise aussi les intérêts sécuritaires de la Ijing et de Ted Muller-Smith.

Ayant rencontré Flying Bus, qui nie être concerné par l’attentat, Fjord soupçonne plutôt des groupuscules d’opposants. Ceux qui se sont baptisés Clovis95 ont un discours radical. Peut-être sont-ils capables de se procurer du Semtex, explosif utilisé pour l’attentat. Le vieux flic Dalbert, ami de la famille de Fjord, le prévient que des inconnus ont consulté son dossier personnel. Sans doute le journaliste a-t-il la réputation d’être instable, mais c’est un danger plus grand qui le guette. À trop chercher qui manipule la situation, il risque de devenir un parfait bouc-émissaire concernant les troubles en cours. Ayant désigné un nouveau n°2, Dovis, aussi perfide que lui, Ted Muller-Smith fait progresser à grand pas ses projets…

Philippe Nicholson nous avait convaincu en 2009 avec Krach Party, où l’univers des spéculateurs internationaux servait de contexte. Cette fois, il va encore plus loin grâce à ce copieux polar futuriste. À vrai dire, le futur évoqué semble déjà en action, puisque l’État s’est désengagé au profits des Délégations de Service Public, DSP souvent confiées à des sociétés ne visant que le profit. Si des groupes financiers aussi puissants que la Ijing Ltd mettaient la main sur la France, que resterait-il de nous ? Droit à la santé, à la Justice et autres vieux acquis sociaux, définitivement enterrés ainsi que le souhaitent certains. Aujourd’hui relatives, les libertés individuelles ne seraient plus qu’une illusion. Et les mômes analphabètes rejoindraient les maraudeurs qui survivraient dans nos villes, n’ayant d’autre choix que de se faire dealers. Qu’on se rassure, car les bons petits soldats de l’ultralibéralisme auront accès aux villes privées et sécurisées. Si elles existent déjà, encore discrètes sous forme de simples quartiers, on les imagine bientôt hors des lois françaises. L’avenir n’est pas si loin, il est inquiétant.

Pourquoi tant souligner ce contexte ? Parce que ce monde invivable qu’on nous prépare, c’est celui où évolue Fjord Keeling. Se rebeller, se battre tel David contre Goliath, c’est voué à l’échec pour lui et les siens. Pourtant, essayer de comprendre est la mission qu’il s’impose, dans ce roman d’aventure. Agitée ou mouvementée serait de faibles mots pour qualifier cette intrigue fort tumultueuse. Précisons que nous, lecteurs, avons un peu plus de détails que Fjord sur les fameux projets. Il faut noter que l’auteur maîtrise admirablement cette histoire aux développements sinueux. Et la psychologie des personnages (en particulier Ted Muller-Smih et son camp) est véritablement crédible. Un suspense de belle qualité, qui fait frémir si on le considère comme prémonitoire.

Par CLN - Publié dans : Auteurs N - Communauté : Culture Polar
Voir les 0 commentaires
Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 09:07

 

12-VERASANIBologne, capitale de la région d’Émilie-Romagne, grosse agglomération du Nord-Est de l’Italie. Fille d’un ex-adjudant de gendarmerie, Giorgia Cantini est détective privé dans cette ville. Quadragénaire célibataire ne croyant guère en l’amour, elle vivote de ce métier peu passionnant. Parfois, du sexe hygiénique, mais aucune liaison amoureuse durable. Elle entretient une relation amicale avec le policier Luca Bruni, marié, et fréquente une poignée d’amis. Son père insiste pour qu’elle prenne une assistante, Genzianella Serafini, une étudiante âgée de vingt-six ans qui se cherche un but dans la vie. Peut-être sera-t-elle finalement, malgré son impossible prénom, un atout utile dans l’affaire en cours.

Une cliente vient de s’adresser à Giorgia. Cette femme de caractère voudrait comprendre pourquoi sa fille Barbara, dix-sept ans, sèche les cours depuis quelques semaines. Giorgia rencontre aussi le père de la jeune fille, un cinéaste narcissique. Moins alarmiste que son ex-épouse, celui-ci s’inquiète un peu aussi. La détective prend Barbara en filature durant plusieurs jours, se pensant discrète. La jeune fille entre en contact avec sa suiveuse, via une conversation autour de l’art, ce qui passionne Barbara. Elle invite bientôt Giorgia dans une soirée de la bourgeoisie locale. Absente de cette fête, l’adolescente n’a pas pris l’avion pour Londres, comme Giorgia pouvait le penser. Avec Barbara, “Où est le problème ?” s’interroge la détective. La militante associative Maria Laura Draghi lui apporte l’esquisse d’un début de réponse.

Par ailleurs, Luca Bruni enquête sur le meurtre de Franca Palmieri, assassinée d’un coup de couteau dans le parc d’un quartier modeste. Ce femme mûre traînait régulièrement dans un des bistrots du secteur, où elle aurait été maltraitée par un nommé Manuel Ferri. Son activité de cartomancienne semblait correspondre à sa personnalité instable. Giorgia se souvient très bien d’elle, car toutes deux vivaient jadis dans le même quartier. La détective appelait Franca “La fille aux crapauds”. Non pas pour son physique ingrat, mais parce qu’elle recevait chez elle tous les jeunots des environs. Sans se prostituer, juste par goût de la chair fraîche. Pour Giorgia, c’est l’occasion de revoir des copains de jeunesse. Davide Melloni, dit Mel, ou Nino Savelli, devenu carreleur, ont bien connu Franca autrefois. Mais le monde a tant changé depuis cette époque où tous étaient plus insouciants…

C’est un bon roman, sans nul doute. Néanmoins, il peut susciter de nombreuses réserves. À travers ce personnage de Giorgia, l’auteure semble s’adresser à une génération désabusée, dont elle fait partie. L’héroïne a fait le choix d’une certaine marginalité, peut-être inhérente à l’époque qu’elle a connu plus jeune. C’est flagrant en ce qui concerne les références musicales et culturelles, dont elle nous abreuve plus que nécessaire. La nostalgie n’est agréable qu’à doses mesurées. Quant au regard qu’elle porte sur l’évolution de la société, il n’est pas ironique mais assez dur. On cherche vainement une trace d’humour dans sa vision de notre temps. Certes, l’Italie n’est pas plus exemplaire qu’un autre pays, mais est-ce si invivable ? La tonalité générale est empreinte de beaucoup d’amertume. Trop, nettement trop, pour rendre le récit vraiment captivant. Cela dit, n’oublions pas le positif. Autour du cas de Barbara, l’auteure évoque un sérieux problème de société. Et dans l’affaire de “La fille aux crapauds”, on pourra apprécier les deux étapes du dénouement, très réussi. D’autres auront probablement une opinion plus enthousiaste. Si je ne regrette pas de l’avoir lu, ce roman noir pessimiste ne m’a pas totalement convaincu.

Par CLN - Publié dans : Auteurs V
Voir les 0 commentaires
Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 09:01

 

12-BRIDENNE-effetMERC’est une petite station balnéaire du Bassin d’Arcachon, au début des années 2000. L’agent immobilier Henri-Louis Maigret s’occupe des locations de la Rue des Mouettes. Indépendant, il avoue : Je préfère gagner moins, mais connaître tous mes clients pour les conseiller au mieux de leurs intérêts. Il est vrai qu’Henri est proche de ces familles, qui reviennent d’années en années. Nous suivons avec lui leurs cinq étés en bord de mer, jusqu’en 2004.

Il y a le policier quinquagénaire Antoine, avec son épouse Félicie et leur fils Alex, âgé de quatorze ans. Valérie, la sœur d’Antoine, vient avec son mari Michel et leur fille Élodie. Plus loin, on trouve Jean-Philippe, quadra infidèle à son épouse Martine, randonneuse. Et puis Léon, sans emploi proche de la retraite, et sa femme Édith, collègue de Martine, avec leur chien Popeye. À côté, Adrien est un octogénaire argentin très argenté, qui a acheté une maison de vacances. Il y séjourne avec son épouse Hortense, née Ginette Bouville, d’une cinquantaine d’années, son ancienne infirmière. Si Adrien vient à décéder, nul doute qu’Hortense le remplacera, mais vainement. Enfin, il y a Pierre et Ben, un couple homo, avec leur chat persan. Pierre a hérité de la villa de sa Tatie Charlotte, à laquelle il rend visite au cimetière. Ben, lui, ferait bien d’oublier son ex, Philou.

L’été 2000 se passe pour le mieux, même pour le jeune Alex qui finit par bien s’amuser. Sa cousine Élodie est sur le chemin de l’anorexie, ce que personne ne détecte encore. Jean-Philippe guette les proies féminines, et Léon songe que l’inactivité a de bons côtés. Le riche Adrien est le papy heureux de ce groupe d’amis, la tendresse d’Hortense lui convenant pour sa fin de vie. Couple bien accepté, Pierre et Ben s’entendent fort bien avec l’agent immobilier. Dès l’été 2001, quelques tracas perturbent chacune des familles. Autour des étés suivants, toutes sortes de séparations, dramatiques dans certains cas, sont à prévoir…

Si l’espiègle Nelly Bridenne a choisi des noms à ces familles, qui font référence à des auteurs de polars, c’est pour le sourire. Toutefois, ne nous y trompons pas, ce court roman n’est pas un recueil humoristique. Il s’agit de la chronique toute en finesse d’un échantillon de personnages. On ne traverse pas les années sans être confrontés aux aléas de la vie. Petits soucis ou graves problèmes, que chacun surmonte à sa manière. Voilà ce que, par petites touches, nous raconte l’auteure. La psychologie n’est donc pas oubliée, révélant le caractère profond de certains héros de l’histoire. Quelques maux actuels sont aussi évoqués. L’individualisme rend d’ailleurs ce type de villégiature de plus en plus rare, ce qui est souligné au final. Hier, les vacances étaient fête et insouciance; aujourd’hui, ce sont des dates propices à l’égoïsme. Profitons encore un peu de ces vacances décrites par Nelly Bridenne, non pas idéales, mais d’une vraie humanité.

http://www.confessionsdunpolisson.fr/

Par CLN - Publié dans : Auteurs B
Voir les 0 commentaires
Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 15:59

 

12-HIGASHINOA Tokyo, de nos jours. Ayané est créatrice de patchworks, une activité artistique fort lucrative car elle possède une belle notoriété. Son élève et sa protégée Hiromi collabore avec elle. Ayané est mariée depuis un an à M.Mashiba, un biznessman. À la veille de ce week-end, ils reçoivent à dîner un couple d’amis, les Ikai, ainsi que Hiromi. Harmonie de façade pour Ayané et son mari, car ce dernier a décidé qu’ils vont se séparer. En effet, M.Mashiba espérait que la jeune femme lui ferait un enfant, et rien ne s’est produit en une année. Comme prévu avant cette annonce de séparation, Ayané va passer le week-end chez ses parents, les Mita, à Sapporo. Hiromi et M.Mashiba se rencontrent en son absence. Car, selon le plan du mari, c’est l’amie d’Ayané qui devenir sa nouvelle compagne. Le lendemain, Hiromi découvre le cadavre de M.Mashiba, empoisonné, et appelle la police.

Le policier Kusanagi et sa jeune collègue Kaoru Utsumi font partie des enquêteurs chargés de l’affaire. Le suicide étant peu probable, la mort de M.Mashiba reste suspecte. Il va bientôt se confirmer qu’il a absorbé de l’arsenic dans son café. La première version donnée par Hiromi est destinée à masquer sa relation intime avec la victime. Utsumi transmet son opinion sur cette question à Kusanagi. Ils poussent Hiromi à rectifier son témoignage. Elle dit la vérité, cette fois, non sans préciser qu’elle aussi a bu du café en compagnie de M.Mashiba. Ce qui pose le problème du moment où le liquide aurait été empoisonné. Prévenue, Ayané est de retour. Les deux policiers ne savent déterminer si elle est vraiment sous le choc, ou si elle simule. Kusanagi semble charmé par cette jeune femme raffinée qu’est Ayané. Sa collègue Kaoru Utsumi la trouve suspecte, peut-être manipulatrice.

L’alibi d’Ayané semblant insuffisant, Kusanagi interroge à Sapporo M.et Mme Mita, les parents. Bien que la visite de leur fille n’ait pas été indispensable, ils lui fournissent un alibi inattaquable. Kaoru Utsumi a noté des détails incohérents à ses yeux, telles ces flûtes à champagne laissées sur l’évier. Estimant que son collègue est de parti pris, elle contacte le scientifique Manabu Yukawa, ami du policier Kusanagi. Elle lui explique le cas et lui fournit des éléments de réflexion. Yukawa sent, lui aussi, qu’il y a une trucage dans ce meurtre. Il devra observer et raisonner à sa manière, selon une logique différente des faits, afin de comprendre le secret. Sans agressivité, Ayané et Hiromi s’expliquent sur la relation de la seconde avec le défunt. Le policier Kusanagi ne peut accabler Ayané, si experte en café et qui prend grand soin de ses fleurs…

Lecteurs de romans d’action et de suspenses débridés, ne vous attardez pas sur ce livre. D’ailleurs, la lenteur narrative et ses répétitions peuvent éventuellement déconcerter. Car plus encore que dans Le dévouement du suspect X, avec les mêmes Kusanagi et Yukawa, tout se base sur la belle subtilité du récit. Quand il savoure un vin de qualité ou un alcool supérieur, un thé doucement parfumé ou un excellent café, le gourmet prend son temps. Il se délecte de tout ce qui contribue à l’arôme de sa boisson, aux nuances du goût. Tel est l’esprit de cette intrigue. Ayané est-elle coupable ? Peu de doute, puisqu’elle a souhaité cette mort: Je t’aime du plus profond de moi-même. Ce que tu viens de me dire m’a transpercé le cœur. Maintenant je veux que, toi aussi, tu meures. Pourtant, elle était bien loin. Veut-elle porter les soupçons ailleurs ? Non, on la suppose plutôt protectrice. Alors, cherchons mieux, autrement. Une histoire fort séduisante, dont le tempo sans précipitation devient le meilleur atout.

Par CLN - Publié dans : Auteurs H - Communauté : Culture Polar
Voir les 0 commentaires
Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 15:57

 

12-WILLOCKSLa réputation de Tim Willocks se confirme en France depuis quelques années. Il s’est fait connaître avec des livres tels Bad City Blues et Les Rois écarlates, en poche chez Points. Son roman Green River Rising (1995) a d’abord été traduit en français sous le titre L'odeur de la haine (Pocket, 1998), puis Green River (Sonatine, 2010). Ses romans Swept from the Sea(1997) et Amy Foster(1998) ne sont pas encore traduits en français. Par contre, le premier volet de sa trilogie Mattias Tannhauser, La Religion, connaît actuellement un réel succès. Il sera suivi de Twelve Children of Paris, pas encore traduit. En littérature jeunesse, son roman Doglandsvient d’être publié en 2012 aux éditions Syros. Ainsi qu’un petit livre en version bilingue La cavale de Billy Micklehurst, aux éditions Allia.

Il avait dix-sept ans quand le Rouquin (Tim Willocks) rencontre dans sa ville de Manchester un clochard nommé Billy Micklehurst. Impossible de donner un âge, entre quarante et soixante ans, à cet homme qui a beaucoup bourlingué sur les routes et abusé de tant d’alcool. Son physique marqué lui donne l’air d’une épave indestructible. “Malgré ces handicaps, c’était à sa manière un type tout à fait coquet: ses cheveux étaient encore noirs comme du pétrole, et toujours bien ramenés en arrière en un écheveau luisant de gras, révélant son large front moucheté de cicatrices.” Billy reste correctement vêtu, mais semble lunatique. Il est vrai qu’il passe une grande partie de son temps dans l’immense Cimetière du Sud. Parce qu’il y a trouvé un coin confortable pour dormir, et parce que tous les fantômes logeant ici comptent sur lui pour les libérer. “Et la source des tourments de Billy était celle-ci: il ne savait pas comment cela pourrait jamais se faire.”

En compagnie de Billy, le Rouquin découvre un aspect bien plus lumineux de la grise Manchester. Pourtant, s’il parait juste un peu excentrique, Billy est un être qui souffre profondément. Ce que son jeune ami ne peut encore comprendre : “Je ne savais pas que l’esprit de Billy était l’équivalent neurologique du paysage dévasté qu’il habitait. Les rues de sa mémoire et ses hallucinations étaient, de façon erratique, éviscérées et en ruines, bombardées et calcinées, plongées dans l’obscurité, emplies de gravats et infestées de rats affamés.” Billy est pourchassé par les démons de sa maladie incurable…

À la suite de ce texte, magnifique portrait, Tim Willocks répond dans un entretien aux questions de Natalie Beunat. Belle manière de faire plus largement connaissance avec l’auteur de cette semi-fiction. Car l’histoire de Billy s’inspire d’un personnage qu’il a réellement connu. “…pour la plupart [des sans-abris] ce n’est pas un choix. Mais, bercé par mon idéalisme juvénile, je voyais Billy comme un véritable existentialiste. Chaque jour, il bâtissait à nouveau sa vie, la faisant littéralement surgir de terre. Et s’il était fou, il avait aussi ses moments de joie et de transcendance, peut-être même d’extase, tout ce à quoi chacun de nous aspire.” Billy lui donna probablement la vocation pour exercer comme docteur en psychiatrie. Dans un monde rationnel, qui n’a pas accès à la “poésie” de ce genre de malades, au moins peut-on analyser leur état de souffrance. Tim Willocks associe avec justesse folie et inventivité, car il faut être un fou pour faire preuve de créativité. Sans folie, il n’y aurait sans doute pas eu de civilisation, estime-t-il. Sans oublier, aussi, qu’il s’agit là de patients qui souffrent gravement… Un petit livre en version français-anglais, peu onéreux mais finalement plutôt riche.

Par CLN - Publié dans : Auteurs W
Voir les 0 commentaires
Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 15:55

 

12-TORDOC’est le récit d’un écrivain portugais âgé de trente ans, sans grand avenir. L’échec le rend hypocondriaque. Imitant le Dr House, il s’est acheté une canne de luxe. Il affiche sans vraie raison une claudication, attirant les regards. Puisque c’est payé, il accepte de participer à un colloque à Budapest. Belle ville, mais réunion inutile d’écrivains mineurs. Toutefois, il sympathise avec le jeune auteur italien Vincenzo Gentile, sa compagne Olivia, et leur amie anglaise Nina. Celle-ci est l’agent et la fiancée de John McGill, écrivain prometteur ayant connu un premier succès. Par son père, Vincenzo connaît le respecté producteur de cinéma Don Metzger. Connu pour soutenir avec réussite des projets incertains, cet homme puissant se montre fort peu. Il possède une propriété en Italie, où se rassemble chaque été quelques-uns de ses amis. Vincenzo y entraîne le Portugais, Olivia et Nina.

Entre forêt et mer, on n’arrive pas facilement jusqu’au domaine de Don Metzger à Sabaudia. Le quatuor est accueilli par un improbable cinéaste australien figurant parmi les invités. Attendu lui aussi, John McGill a du retard. Et Don Metzger n’est pas encore à Sabaudia, non plus. Ils rencontrent le personnage le plus insolite de l’entourage du producteur, un Catalan nommé Bosco. Celui-ci est concepteur de ballons à air chaud, des montgolfières qu’il fait s’envoler vides pour le plaisir de Don Metzger. Parmi les invités, il y a une véritable star de cinéma, Elsa Gorski. Elle fut naguère découverte par le producteur alors qu’elle survivait à Salinas, en Californie. Les autres personnes présentes cet été chez Metzger sont des artistes plus négligeables. Plutôt qu’avec ces parasites, Le Portugais se sent mieux à la cuisine avec Bosco, le vieux régisseur Alipio et son épouse cuisinière Susanna.

 

Cette nuit-là, alors que le Portugais était plongé dans un sommeil comateux, Don Metzger déboula chez lui de manière fracassante. C’est John McGill, arrivé à son tour, qui découvrit sur le lac attenant le corps du producteur. Bosco organise des funérailles originales pour Metzger. Pour le concepteur de ballons, pas question d’avertir la police. Les onze personnes présentes étant suspectes, il exige les aveux du coupable. Quand la justice est rendue, les morts continuent à vivre, insista Bosco. La justice les délivre de la mort. Elle leur apporte la paix. Don Metzger sera en paix et nous aussi, nous serons en paix avec lui. Des tensions naissent vite chez les invités. Cherchant à fuir les lieux, John McGill sera la deuxième victime, sans doute pas la dernière. Le groupe prend conscience qu’il est prisonnier de cet endroit. Le Portugais essaie de négocier avec Bosco, mais l’été s’annonce telle une pénible attente…

Qu’est-ce qui est donc si fascinant dans cette histoire ? Son suspense, alors qu’il ne s’agit pas d’un pur polar ? Son ambiance, à la fois lente et pourtant riche en fortes péripéties ? Ses personnages, oui, certainement. Le narrateur, d’abord, qui renie quasiment son état d’écrivain, jouant d’un handicap imaginaire, à la fois impliqué et distant face aux évènements. Bosco, bien sûr, sorte d’ogre fidèle à la mémoire du défunt, intransigeant dans sa logique de Justice. Nina la volontaire et Olivia la transparente, l’ambitieux et complexe Vincenzo, ainsi que tous les autres sont admirablement dessinés. Sans doute le dialogue suivant éclaire-t-il un peu le destin qui les réunit : Mais Bosco, même un écrivain, ce que je ne suis pas, n’est le dieu que de ses personnages. Son seul pouvoir est de décider de leur destin et encore, même ses personnages lui filent parfois entre les doigts. Comment puis-je décider du destin de ces personnes ? Qui m’en donne le droit ? Moi, je te le donne, dit Bosco. Parce que je suis Dieu dans ta petite histoire. Il existe ici une part de dramaturgie théâtrale, façon huis clos avec son climat oppressant. Sans négliger l’évolution mouvementée de l’intrigue, des hypothèses sur les suspects et les faits, et un final spectaculaire. Un roman déstabilisant et enthousiasmant, de très belle qualité.

Par CLN - Publié dans : Auteurs T
Voir les 0 commentaires
Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 15:52

12-GERARDC’est à Montauban, dans le Tarn-et-Garonne, que Romain Martonne a établi son laboratoire pharmaceutique indépendant, Martocosme. Certes, il n’a pas le poids de grands groupes, tels Ellsner International ou Corpen-Gilda basés à Berlin. Mais il exploite déjà des médicaments très rentables, et prépare une molécule contre le cancer du poumon, le Néfédron. Malgré la fidélité de son adjoint Dauphin, Romain Martonne est confronté à un manque de finances pour continuer. À sa banque, qui vient curieusement d’être rachetée, une nouvelle interlocutrice lui refuse un prêt déterminant. Il sent planer l’ombre de ses adversaires du monde pharmaceutique, bien informé sur ses soucis budgétaires. Son confrère et ami Flémant, PDG d’un autre petit laboratoire, lui présente Uwe Schwan. Cet Allemand accepte de l’aider, en obtenant l’accord d’une importante banque européenne.

À Berlin, Calixte Ellsner règne sur sa multinationale. Sans état d’âme, il cherche à dévorer la concurrence, et vire ses cadres jugés inefficaces, tel Edmond Gattivier. Sa secrétaire de direction Marta possède une raison supplémentaire d’en vouloir à Ellsner, car Gattivier est son amant préféré. Elle sait que son féroce patron cache quelque part des dossiers DQC, prouvant qu’il est capable d’utiliser des méthodes définitives contre ses ennemis. Calixte Ellsner s’est arrangé pour rencontrer Martonne, mais celui-ci a fait comme s’il ne le voyait pas. Grave offense touchant l’ego du puissant Ellsner. Depuis le décès accidentel assez suspect de son épouse adorée Dawn, Martonne se sent seul pour mener une opération comme celle qui mobilise actuellement son énergie. Il aurait bien besoin aussi de son ami Stefano Gallo, reporter photographe, qui ne donne plus jamais de ses nouvelles.

Walter Leblanc est un jeune homme bohème qui, après une mission en Égypte, poursuit sa formation dans un musée allemand. D’un côté, il a contacté Martonne, pour un projet de forme idéale destinée aux gélules de Néfédron. Surtout, Walter est un des discrets agents de Calixte Ellsner. Mais il est aussi très amoureux de la marginale Vera, sans doute trop fragile. Quant à Marta, la secrétaire semble avoir trouvé les documents qu’elle visait, avant d’être éliminée… Les tests du nouveau médicaments ayant prouvé sa fiabilité, Martonne est désormais prêt au lancement du produit sur le marché américain. Quand un patient ayant participé aux tests est hospitalisé en soins intensifs, tout est remis en cause. La menace n’est plus seulement financière pour Martonne, qui se sait la cible d’Ellsner…

Heureuse initiative que cette réédition (revue et corrigée) d’un suspense paru en 2005. Car il s’agit d’un authentique roman d’action, dans la meilleure tradition. Une de ces aventures où un homme quasiment seul, honnête et volontaire, doit affronter les pires manigances de ses ennemis. Tandis que les mauvais coups se multiplient autour de lui et contre son projet, il avance au gré d’une farandole de rebondissements. On pourrait se dire que l’auteur fait du mogul Calixte Ellsner un personnage un peu caricatural. Rien n’est moins sûr, finalement : il semble au contraire représentatif de ces décideurs, égocentriques jusqu’à l’excès peut-être criminel. Le sujet est d’autant plus noir, qu’est évoqué ici l’univers des laboratoires pharmaceutiques internationaux. Élaborer un médicament coûte cher, mais la rentabilité est incalculable, colossale. Enjeux énormes, trop souvent au mépris du risque sanitaire. Quantité de scandales dans ce domaine nous prouvent depuis longtemps comment ces sociétés exploitent abusivement notre santé. Un palpitant polar, riche en péripéties et qui ne manque pas de sens, c’est un plaisir de lecture.

Par CLN - Publié dans : Auteurs G - Communauté : Culture Polar
Voir les 0 commentaires
Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 15:50

12-DURUMarc et Claire passent les fêtes de fin d’année à Ostende. Ils ont été invités pour le réveillon par Mathilde Steile et Richard Walker, des amis de Claire. Non pas que ça enchante Marc, mais telle est la vie de couple. Surtout qu’il a bêtement oublié à Paris l’élégant manteau neuf que Claire lui a offert pour Noël. Sur la côte belge en ce premier janvier, il fait une météo épouvantable. Puisqu’il veut aller prendre l’air (ou plutôt la tempête) sur la plage, Marc n’a donc que sa parka usagée pour se protéger. Le vent de la Mer du Nord est le plus traître qui soit. Une rafale, et les deux boutons de la vieille parka s’envolent. Marc doit absolument les retrouver dans le sable. Il imagine par avance la réaction de Claire qui, après douze ans de mariage, ne lui pardonnerait pas cet incident pourtant sans grande importance.

Alors qu’il fouille le sable, Marc note la présence d’un témoin, à quelques mètres de lui. Un homme chapeauté, parfaitement sanglé dans son manteau. L’inconnu ne lui dit rien, certes, mais l’observe. Et c’est foutrement agaçant, quelquun qui vous regarde dans une position peu glorieuse, empêtré dans vos soucis, dont le manque de réaction laisse à penser qu’il se moque sûrement de vous. Énervant, pour le moins. L’essentiel reste de retrouver ces deux maudits boutons. Ceux-ci ne peuvent être loin, le narguant tout autant que le type qui a le regard braqué sur Marc. Quelques repères sur le rivage et de prudents quarts de tour agenouillé sur lui-même devraient suffire à dégoter ces petits objets. Même sur une plage belge balayée par la tempête, pas de raison.

Suite aux excès du réveillon, Marc est gagné par un vertige. Une étrange sueur coulait sur mes yeux, je me sentais fiévreux, les oreilles bourdonnantes, comme tari de toute énergie. Se demandant où est passé Marc, Claire lui téléphone. Ce qui ralentit encore ses recherches. Qu’il abandonne définitivement, quand elle lui annonce que leurs hôtes subissent un contretemps. Le témoin anonyme semble ne pas le quitter des yeux, quand Marc s’apprête à retourner chez les amis de sa femme. Exaspérant petit jeu, qui s’ajoute aux contrariétés de Marc…

Il s’agit d’une nouvelle d’une vingtaine de pages. Magali Duru est experte en la matière, quelques-uns de ses textes ayant été primés. Un texte court n’est pas un concentré de roman, c’est une idée qui doit faire mouche. Qu’on choisisse une forme sombre, ou souriante mais teintée d’un ressentiment comme ici, la nouvelle doit apparaître percutante. Décor et psychologie se dessinent en peu de phrases, tout est dans la précision de l’évocation : Au fond d’un boulevard s’épanouissait une lueur d’opale. Guidé par les senteurs d’iode, poussé dans le dos par une forte brise de terre, j’ai atteint la digue, face à la mer indistincte, rumeur étouffé qui battait son pouls dans une fosse d’ombre. Et voilà notre personnage ordinaire plongé dans une mésaventure plus tourmentée que prévu. Court texte qui s’avère fort excitant à lire et à relire. Laissons-nous séduire par les bonnes nouvelles.

Par CLN - Publié dans : Auteurs D
Voir les 0 commentaires
Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 15:48

12-LACLAVETINEVincent est un Parisien du 8e. Avec son massif ami Angelo, il a créé un club de sport, assorti d'un tripot clandestin à l’étage. Jouant aussi aux courses, il lui arrive de miser sur le bon cheval et de gagner gros. Comme ce jour où il rencontre Léa, par hasard. Non, le hasard n’a rien à voir là-dedans. Léa l’a repéré depuis un certain temps. Elle affirme que Vincent est fait pour elle, alors qu’il est surtout fait comme un rat. D’ailleurs, Angelo se montre fort dubitatif envers celle qu’il va surnommer la tarentule. Faiblesse de caractère et crédulité trop facile de Vincent, que Léa sait vite exploiter. Accaparant et gérant leur argent et son club de sport, elle provoque le départ d’Angelo. Il restera fidèle à Vincent, mais ne peut rien contre la naïveté de son ami.

Un aveuglement qui coûte cher à Vincent. Installés chez Fred, le supposé frère de Léa qui lui ressemble si peu, le couple va acquitter un gros loyer. Du moins est-ce Vincent qui paie, tandis que Léa dilapide tout ce qui appartient à son compagnon. À peine sont-ils mariés que la jeune femme est enceinte. Ce qui n’enthousiasme guère Vincent, trop immature pour la paternité. Léa dirigeait sans doute plutôt mal ses affaires, car ses malversations sont découvertes. Ce qui conduit Vincent, gérant en titre, derrière les barreaux. Quatre ans de prison, avec la fidélité de son seul ami Angelo pour consolation, et la ruine de tous les biens de Vincent. Retour à la liberté, auprès de Léa et de leur fille Violette. Léa restant active, l’enfant est confiée à la nordique baby-sitter Sigrid, dont Vincent apprécie la sensualité.

Son couple ayant explosé, Vincent s’est lancé dans un métier où il montre des capacités réelles. Racketteur, ça ne s’improvise pas, il faut du savoir-faire. C’est ainsi que les années passent. Dans la vie de Vincent, il y aura d’autres femmes. L’arnaqueuse Cécile, qu’il finit par doubler; ou la sexagénaire Eugénie, qui cause d’autres embrouilles. Alors au top du racket, Vincent s’interroge sur lui-même, et il y a de quoi. Certes, il pourrait se réfugier à Saint-Agil, dans le Loir-et-Cher, où Angelo possède une masure. Mais non, c’est bien à Paris qu’il espère obtenir sa revanche, maintenant que sa fille Violette a grandi…

Voilà donc quelques faits et mésaventures ayant émaillé le parcours chaotique du pitoyable Vincent. Si c’était un malchanceux, on le plaindrait volontiers. Comme ce n’est pas le cas, puisqu’il admet son incapacité à une vie équilibrée, suivons-le sourire aux lèvres dans les méandres de ses déboires. S’il est des êtres que les problèmes endurcissent, l’expérience n’offre pas plus de jugeote à Vincent (Je n’étais pas fait pour une telle carrière, un vent farceur et méchant m’a poussé vers des contrées trop rudes). Évitons les étiquettes polar ou roman noir. Car si le destin du héros est foncièrement sombre, son portrait nous est raconté avec une écriture enjouée. Pas de jugement railleur, ni d’évocation mordante de la part de l’auteur, une tonalité amusée : C’est ainsi qu’au fil des semaines, l’activité du club se diversifia : tai-chi-chuan, aiki-jutsu, budokai-do, capoeira, Viet Vo Dao dans un premier temps; puis dans la foulée, petit commerce d’érythropoïétine, cocaïne, ecstasy, pot belge, bref le tout-venant du sport amateur. Ça, c’était de l’esprit d’entreprise. Une histoire délicieusement amorale, que le lecteur observe avec complicité et grand plaisir.

Par CLN - Publié dans : Auteurs L
Voir les 0 commentaires
Samedi 28 avril 2012 6 28 /04 /Avr /2012 08:01

12-FERRARIÀ Buenos Aires, dans l’Argentine d’aujourd’hui. Le señor Luis Machi a bien raison d’être satisfait de sa réussite sociale. Marié à Mira, une emmerdeuse issue d’une vieille famille riche, il a eu deux enfants, Luciana et Alan. Sa fille est fiancée à un intellectuel, tandis que son fils est homo. C’est plutôt du côté professionnel que le señor Machi est fier de sa vie. Homme d’affaires aux diverses activités, il dirige le club L’Empire. Montres Rolex, briquet Dupont, stylo Mont-Blanc, chemises Armani ou Versace, cigares Cohiba ou Montechristo, BMW dernier modèle, le señor Machi ne vit que pour le luxe. Son défunt beau-père a souvent ironisé sur ses goûts de nouveau riche. Le regretté Alejandro Wilkinson, qui fut le mentor du señor Machi, répliquait qu’ils étaient des self made men, pas des nouveaux riches.

Le señor Luis Machi commença en reprenant une simple usine, début des années 1970. En ces temps de contestation, il balaya vite ces communistes qui faisaient du tapage. Il était bon d’avoir de solides relations politiques parmi les vainqueurs. Il développa aussi la Théorie de la Faveur, consistant à faire pression sur les gens, après leur avoir accordé de menus avantages. L’excitation du pouvoir entraîne toujours plus de puissance, le señor Machi l’a compris tôt. Qu’il s’agisse de boxe, de foot, ou d’établissements de loisirs, il faut imposer sa loi. Quitte à utiliser des hommes de mains, tel Pereyra (qu’il surnomme Cloaque). Son chef de la sécurité est un tueur rustre, mais efficace et même habile dans bien des cas. Moins il y a d’adversaires commerciaux, plus on profite du pouvoir.

Le luxe, ce sont aussi les femmes. Les prostituées de Mariela, dont certaines ont manigancé bassement pour devenir la maîtresse en titre du señor Machi. Qui, lui, ne considère toute fille que pour ses capacités sexuelles. Et puis, il y a la drogue. Indispensable, lorsqu’on mène une vie aussi effrénée que celle-là. Rails de coke et pilules soutiennent sa forme… Voilà que, rentrant vers son quartier sécurisé du Barrio, le señor Machi est victime d’une crevaison. Et il ne tarde pas à découvrir un cadavre inconnu au visage fracassé dans le coffre de sa BMW. Puis qu’il se perd dans les quartiers pauvres de Buenos Aires. Avant de s’apercevoir que le cadavre est attaché par des menottes lui appartenant. Ce qui complique la solution pour se débarrasser du corps. Quant à savoir qui a placé là le cadavre, et pourquoi, le señor Machi risque de virer paranoïaque à chercher le coupable…

Les éditions Moisson Rouge nous ont dégoté ici un roman latino-américain qui ne manque pas de saveur épicée. Par son fil conducteur, sur le classique thème un cadavre encombrant et me voilà dans le pétrin, cette intrigue se classe en effet parmi les romans noirs. Le problème du señor Machi n’est pas insurmontable, mais lui demande beaucoup d’efforts inhabituels. Le plus intéressant, à travers les portraits du héros et de ses proches, c’est l’image que l’auteur donne de la société argentine. Les inégalités ne se sont guère résorbées depuis la fin de la dictature, et les combines ne profitent qu’aux plus forts. Sujet universel, que Kike Ferrari décrit avec toute l’ironie que méritent ces situations. Combats de boxe truqués, pression mortelle pour racheter un concurrent, nouveaux riches étalant leur fric, star éphémère devenue maquerelle, corruption policière, quartiers déshérités face aux parcs résidentiels protégés, et bien d’autres aspects de l’Argentine actuelle. Si elle est grinçante, on ne sent pas une caricature exagérée de ces milieux, toute l’histoire restant crédible. Ces supposés maîtres du pays sont, plus simplement, risibles. Un roman satirique réjouissant.

Par CLN - Publié dans : Auteurs F - Communauté : Culture Polar
Voir les 0 commentaires

ABC POLAR

ABC Polar-1 Consultez l'index des auteurs

666 chroniques disponibles

Auteurs de A à Z

Des commentaires ?

Merci d'adresser  vos commentaires

et messages (module "contact") 

sur mon blog principal

http://action-suspense.over-blog.com

 

Bienvenue chez ABC POLAR

Une info chez ABC POLAR ?

S'abonner à ABC POLAR

  • Flux RSS des articles

Créer un Blog

Lien vers mon blog principal

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés