Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 10:41

12-CARKEETCapitale du Vermont, Montpelier est la plus petite capitale d’un état des Etats-Unis, avec à peine plus de huit mille habitants. C’est là que, suite à un accident de voiture dû à la neige, débarque Dennis Braintree. Âgé de quarante-deux ans, flirtant avec les cent cinquante kilos, il est employé d’un magazine de modélisme ferroviaire, mais guère apprécié de son entourage professionnel. Denny s’installe pour la nuit à l’hôtel Ethan Allen, où la réceptionniste aveugle Betsy lui trouve finalement une belle chambre. Quand l’exubérante Marge s’introduit dans cette pièce, Denny espère conclure sexuellement. Mais elle disparaît après avoir sauté du balcon, laissant du désordre derrière elle. Tant pis pour la déception, Denny doit prendre son avion du retour dès le lendemain.

À l’aéroport, le policier Nick croit reconnaître son vieil ami Homer en la personne de Denny. Avec son collègue Lance Londo, ils traquent un assassin en fuite. Le nommé Dennis Braintree est soupçonné du meurtre de Marge. Par sécurité, il vaut mieux se faire passer pour Homer Dumpling, qui a la même corpulence que Denny. Ayant quitté brutalement le Vermont, il a passé trois ans en Floride. Pour raison médicale, explique Denny. Avec le filiforme flic Lance, qui n’aime pas les gros et qui entend choper le suspect Braintree, le courrant passe mal. Denny va assimiler plutôt naturellement les éléments de la vie d’Homer. Des photos et des vidéos l’y aideront. Petite célébrité locale, musicien et réparateur d’instruments, bon sportif, Homer a pour compagne la nerveuse Sarah.

C’est Sparky, un ami assez marginal d’Homer, qui repère le cadavre de Marge à l’arrière de son pick-up. Les deux policiers retrouvent bientôt les restes du corps de la disparue, abîmée par un ours. Denny doit justifier quelques incohérences, face au suspicieux flic Lance. Celui-ci ne lâche pas l’enquête, cherchant tous les détails concernant Dennis Braintree. Le faux Homer renoue avec Sarah, qui ne tarde pas à se montrer tyrannique. Dans l’ordinateur du véritable Homer, Denny vérifie que celui-ci n’a plus entretenu ses contacts depuis trois ans.

L’usurpateur bénéficie d’un préjugé favorable de la part de Nick, mais les théories de Lance se font de plus en plus accusatrices. Sur le site Internet de la Loterie du Vermont, Denny cherche un indice sur Marge. Son nom ne figure pas parmi ceux qui ont tiré le bon numéro. Évitant Betsie, la tante d’Homer, Denny continue à berner son monde. Quelques explications viendront en leur temps sur les raisons de la disparition d’Homer. Mais, qu’il soit l’un ou l’autre, Denny a compris qu’il existe un mortel danger autour de lui…

Pour que le thème de l’usurpation d’identité fonctionne, il ne suffit pas que le héros prenne la place d’un autre, quels que soient les aléas qu’il rencontrera forcément. Enfant de clowns, maquettiste imaginatif, Denny possède un état d’esprit très personnel, qui le rend capable de jouer ce rôle. Dans cette petite ville tranquille, il n’est pas si difficile de s’adapter, de tricher, d’autant que le vrai Homer y était apprécié de tous. Mais l’auteur introduit de multiples embûches, telle l’imprécision du timing de Denny, la froideur de la compagne d’Homer, ou une soignante devinant qu’il ne s’est pas fait opérer. Et bien d’autres situations fort délicates, où son allure mollassonne peut le desservir ou l’inverse. En outre, Homer avait certainement ses secrets. Surtout, il y a un crime à résoudre, et le policier Lance semble bien l’avoir en ligne de mire. Il ne s’agit plus seulement de louvoyer entre les divers obstacles, mais de gagner la partie. Entre suspense plein de surprises et humour omniprésent, c’est une brillante comédie policière qu’a concocté David Carkeet. On espère déjà d’autres titres de cet auteur.

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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 10:39

12-ZOLMAÇa se passe au début des années 2000 dans le sud, entre Provence et Dauphiné. Rémy Baugé et Clotilde Massa sont les principaux collaborateurs de Raoul Trille, créateur d’un supermarché qui tourne bien. Âgé de 48 ans, Rémy ne craint pas vraiment l’arrivée du successeur de son patron. Jean-Edgar de Fourchon est un jeune con diplômé qui, sitôt après la passation de pouvoirs, impose ses propres méthodes. Réduire les coûts pour faire gagner plus à l’actionnaire, importer des produits à bas prix au lieu de continuer avec les fournisseurs locaux, stratégie qui les conduit bientôt à pratiquer le hard discount, en changeant l’enseigne. Alors que son couple se détériore jusqu’à provoquer le départ de son épouse, Rémy se retrouve intronisé responsable des travaux à la con. Y compris quand il s’agit de virer ses collègues. Quand il s’agit de s’en prendre à Clotilde Massa, Rémy se rebiffe. C’est ainsi que tous les deux sont successivement renvoyés.

S’il envisage un cambriolage du supermarché, c’est autant dans le but de causer des ennuis à Jean-Edgar de Fourchon que pour s’emparer d’un gros butin. Rémy connaît parfaitement les lieux. Il a besoin de complices. Nadir et Eddy sont assez fiables. Gutenberg est le plus aguerri. Ancien agent de sécurité du supermarché, Roderer est d’accord, juste pour nuire à celui qui l’a viré. En tant qu’ex-cadre, Rémy n’ignore pas qu’il sera fatalement suspecté. C’est du côté de Saint-Nazaire et parmi des supporters de l’OM, qu’il va se fabriquer un alibi aussi solide que possible. Le jour J, malgré un léger problème de véhicule, l’opération se déroule correctement. Un joli pactole les attend dans le coffre-fort, ainsi qu’une somme colossale en billets plus douteux.

Ses complices sont avertis qu’ils ne doivent rien dépenser dans l’immédiat, pour éviter les soupçons. Comme il s’y attendait, un duo de flic interroge Rémy. Il fournit les détails de son alibi, ce qui n’empêche pas sa garde à vue et la perquisition de son domicile. Jean-Edgar de Fourchon l’a évidemment désigné comme suspect principal. Rien n’est découvert chez Rémy, et son alibi est même conforté par un témoignage indiscutable. Tout irait à peu près bien, si ses complices n’avaient pas emporté le trésor douteux. Pour ce fric-là, qui représente un sérieux danger, la police n’est pas au courrant. Les enquêteurs ont alpagué un probable coupable. Rémy songe alors que son butin dormirait bien mieux en Suisse. Le compagnon de Clotilde Massa va l’y aider…

Nous avons là tous les ingrédients d’un excellent polar, écrit dans les règles de l’art. La fluidité narrative est impeccable, sans la moindre lourdeur. Le suspense est permanent, mais jamais pesant. Des pointes d’humour sont les bienvenues. Le monde de l’entreprise, du bizness normal aux méthodes ultra-libérales, est décrit tel qu’il existe. Si le personnage central possède un vécu, il ne trimballe pas toutes les misères du monde, et il assume ses actes. Tous les protagonistes ont leur juste place dans l’histoire, s’avérant parfaitement crédibles. Très solide, le scénario est aux antipodes de romans prétentieux, tarabiscotés. Présentés avec clarté, les faits n’en sont pas moins passionnants. Bien au contraire, c’est en respectant la meilleure tradition du pur polar que Zolma nous entraîne dans cette aventure. Une belle réussite, qui mérite un chaleureux Coup de Cœur.

Par CLN - Publié dans : Auteurs Z - Communauté : Culture Polar
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 10:38

12-SUVALDans les années 1880, la fête foraine de Neuilly est déjà traditionnelle. Parmi les saltimbanques animant cette foire colorée aux multiples attractions, le Vicomte est un des personnages notoires. Appelé Gringalet par ses amis, le jeune homme possédant quelque éducation ne se sent chez lui qu’au cœur de ce petit monde. Apprécié de tous, il a pour protégé un disgracié nommé Ficelle, un phénomène de foire venu d’Amérique. Sous le chapiteau des lutteurs, le Vicomte Gringalet joue parfois les comparses pour des combats arrangés. Ce jour-là, il s’efforce de gagner pour séduire la jeune et belle baronne de Givry, accompagnée de son amie Colette. Bien qu’elle soit l’épouse de sir Richard Pembroke, Éloïse de Givry lui fixe un rendez-vous nocturne dans une demeure isolée de Neuilly. Croyant aux présages, Ficelle craint pour son ami Gringalet. Il n’a pas tort, car il s’agit d’un traquenard organisé par le mari et sa maîtresse Colette.

Aidé d’une bande de complices, sir Richard s’est même assuré le témoignage d’un policier. Le Vicomte arrive trop tard pour défendre Éloïse de Givry, avant d’être lui-même victime de graves violences. Ayant été maltraitée par son amant, Colette change de camp lorsque Ficelle et les amis lutteurs de la foire interviennent. Les forains retardent la police, tandis que Colette et le Guadeloupéen François conduisent Éloïse et Gringalet chez le Dr Duchateau. Ce médecin humaniste prodigue des premiers soins, mais n’est pas certain que le couple défiguré puisse survivre. Il est trop tôt pour alerter Maman, la mère du Vicomte, bien connue sur la foire de Neuilly. Dans le même temps, les lutteurs sont emprisonnés à l‘issue d‘une enquête bâclée. Malgré le témoignage favorable du policier témoin de l’affaire, ils écopent de cinq ans de prison. Sir Richard se félicite de la bonne tournure de l’opération qu’il avait imaginée.

Cinq ans plus tard, le commissaire Frédéric Daumal éprouve une sympathie sincère pour les forains de Neuilly. En particulier pour le nommé Rodolphe, qui dirige un curieux Musée vivant. L’affaire criminelle dont Éloïse de Givry fut victime y est reconstituée parmi d’autres tableaux. Pour Colette et François, ainsi que pour les lutteurs forains libérés, l’heure de la vengeance approche. Un des complices de sir Richard a déjà été supprimé. L’Anglais prépare actuellement son nouveau mariage, avec Alice de Caylus. Moins attirante qu’Éloïse, mais aussi riche, cette jeune femme ne manque ni d’intelligence, ni de caractère. De son côté, le commissaire Daumal s’interroge sur Rodolphe, mais ne peut rien lui reprocher. Par contre, il comprend que les forains ont des comptes à régler. Le Dr Duchateau et Maman, Colette et François ainsi que Ficelle, tous ont une revanche à prendre contre un adversaire paraissant encore intouchable…

L’univers forain existe toujours, aujourd’hui obligé de présenter des attractions souvent démesurées pour faire frissonner les amateurs de foires. Au 19e siècle, ces petites villes éphémères jouent davantage sur l’illusion, l’inhabituel. Sur la rareté du spectaculaire et, surtout, des loisirs. Aller à la fête, c’est l’exception, pour le bourgeois comme pour l’ouvrier. Si tous espèrent gagner aux loteries, ils acceptent avec bonne humeur les trucages et facéties de ce moment sortant de l’ordinaire. L’auteur nous offre une belle évocation de ce contexte, y compris de l’indispensable solidarité foraine. L’intrigue est évidemment un hommage à ces remarquables romanciers populaires de l’époque que furent Eugène Sue (Les mystères de Paris) ou Paul Féval (Les habits noirs, Le Bossu). Il est fait ici allusion à quelques grands précurseurs de la littérature policière. Le mystère ne réside pas dans l’identité du coupable. Ce sont les comportements énigmatiques et les évènements criminels qui alimentent l’ambiance et le suspense. L’occasion nous est également donnée de croiser des personnages hautement insolites, et d’autres qui ne manquent pas d’humanisme. On rencontre même le criminologue Alphonse Bertillon, fondateur de l’anthropométrie judiciaire. On s’offre un voyage dans le temps grâce à ce polar historique très excitant.

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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 10:37

12-CAMILLERI-pocketLe commissaire Salvo Montalbano fut blessé à l’épaule à l’issue de sa précédente enquête, celle du tour de la bouée. Afin de prendre soin de lui pendant sa convalescence, sa compagne Livia s’est installée chez lui à Marinella. Ce qui fait qu’Adelina, l’employée de maison qui n’apprécie guère Livia, ne prépare plus les plats préférés de Montalbano. Sa compagne n’est pas un cordon bleu : C’est pas qu’elle cuisinait très mal, mais elle avait tendance à tomber dans l’insipide, dans le peu d’assaisonnement, dans le très léger, dans le goût qui est là sans y être. Plutôt que cuisiner, Livia évoquait la cuisine […] À part que les pâtes étaient un peu trop cuites et la sauce acide, à part que la viande ressemblait à un morceau de carton et en avait même la saveur, le dîner préparé par Livia ne pouvait être considéré comme une instigation au meurtre. C’est un peu pour ça que, quand la disparition d’une belle jeunette est avérée, Salvo rejoint ses collègues.

Étudiante, Susanna Mistretta est la fille d’un géologue qui a exercé son métier à l’étranger. Aujourd’hui, la famille connaît un revers de fortune, en témoigne leur belle villa qui manque d’entretien. Giulia, la mère de Susanna, est mourante, ce qui pèse encore sur les Mistretta. L’oncle de la jeune fille est médecin, mais ne semble pas pouvoir guérir sa belle-sœur. Quand la moto de Susanna a été retrouvée, le père, l’oncle et le fiancé de la jeune fille se sont mobilisés. Aucune autre trace de Susanna, qui avait choisi ce soir-là un trajet différent pour rentrer à la villa. Enlèvement à caractère sexuel ou possible demande de rançon, on ne sait encore rien. C’est le policier Minutolo, expert en kidnapping, qui est chargé de l’affaire. Il est efficace, mais quand même les adjoints de Salvo, Fazio et Mimì Augello, ne seront pas de trop pour l’aider. En espérant que les ravisseurs de manifestent bientôt, qu’on en sache plus sur leurs intentions.

Salvo, il la mène aussi, son enquête. Il vérifie l’emploi du temps de Susanna, qui est passée à la banque, et avait une grosse somme sur elle. Salvo rencontre l’étudiante Tina, une de ses admiratrices, amie de la disparue. Et Francesco, le fiancé de Susanna, qui du bon sens pour adevenir policier. C’est lui qui pose la question du trajet et du casque de la jeune fille. Mais peut-être qu’il y a là trop de théories pour obtenir des réponses. Les ravisseurs prennent contact, par un enregistrement téléphonique. Si ce ne sont pas des pros, il y a plus de risques pour la séquestrée. Le casque, on le trouve, et le sac-à-dos c’est les carabiniers qui le découvrent, indices trop dispersés. L’oncle médecin explique à Salvo ce qui causa la ruine du géologue Mistretta et l’état de santé de son épouse. Il ne suffit pas que la rançon demandée soit réunie pour que l’affaire soit résolue…

Inutile de vanter une fois encore les mérites des romans d’Andrea Camilleri, ni le plaisir qu’on éprouve en lisant les enquêtes de Montalbano. Humour et langage en sont deux caractéristiques essentielles. Par exemple, quand Salvo rencontre une singulière prostituée vendeuse d’œufs, comment ne pas s’en amuser. Quant au comportement de Livia, son compagnon le saisit toujours aussi difficilement. On aime aussi les coups de griffes contre les mauvais côtés de l’Italie, et des médias : Montalbano n’en finissait jamais de s’émerveiller de comment étaient faits les gens qui besognaient à la télévision. Ils te montraient les images d’un tremblement de terre avec des milliers de morts, des villages entiers disparus, des minots blessés et en larmes, des cadavres en morceaux, et tout de suite après : «Et maintenant, voici de belles images du Carnaval de Rio». Chars colorés, allégresse, samba, culs. Le vocabulaire est aussi délicieux, avec des mots rares tels la draille (chemin cahoteux) ou le verbe rousiner (perdre son temps sans rien faire d’utile). Sans oublier les expressions encore plus siciliennes. Cela ne doit pas masquer la belle qualité de l’intrigue criminelle, ses mystères et ses hypothèses, ses drames, ainsi que les multiples péripéties qui jalonnent cette histoire. Encore et toujours, on se régale avec Montalbano.

Par CLN - Publié dans : Auteurs C
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 10:35

12-MOORE-SHHarold White vient tout juste d’être admis dans la confrérie des Baker Street Irregulars, les plus savants admirateurs de Sherlock Holmes. À New York, où ce jeune Américain assiste à leur congrès annuel, il fait la connaissance de Sarah Lindsay. La séduisante journaliste s’est immiscée chez les Sherlockiens sans y être autorisée. Comme Harold, elle tient à assister aux révélations d’Alex Cale. Cet expert vient de retrouver le tome perdu du journal intime de Conan Doyle, celui de l’automne 1900. Tous les fanatiques de Holmes ont rêvé de découvrir ce document. Car il possible que ce soit à cette époque que Conan Doyle ait décidé de ressusciter son héros, qu’il fit périr en 1893 dans les chutes de Reichenbach. À l’heure où il doit prendre la parole, Alex Cale est absent. On découvre bientôt son cadavre dans sa chambre d’hôtel en désordre.

Harold examine le corps et les lieux comme l’eût fait Holmes, mais il ne glane guère d’indices. L’inscription élémentaire ne signifie pas grand-chose. Sarah et lui sont peu inquiétés par la police. On s’agite entre Sherlockiens, hypothèses et soupçons fleurissant dans leurs échanges. Jeffrey, le mentor d’Harold, est-il plus suspect qu’un autre ? Le petit-fils de Conan Doyle, qui s’estime héritier légitime du journal intime perdu, contacte Harold. Il lui offre les moyens d’enquêter sur l’affaire, en compagnie de Sarah. Le couple s’envole pour Londres. Ils y rencontrent la sœur d’Alex Cale. Je crois que découvrir le journal de Conan Doyle est la pire des choses qui soit arrivée à mon frère leur avoue-t-elle. Poursuivant leurs recherches, Harold et Sarah visitent l’appartement du défunt. Leur enquête va les entraîner bien plus loin que Londres. C’est sur les lieux d’une des aventures de Sherlock Holmes, que se dénouera le mystère.

Son héros a apporté gloire et fortune à Conan Doyle. Dans les années suivant la mort de Holmes, beaucoup de gens lui reprochent cette fin brutale. Lorsqu’une bombinette explose dans son bureau, à l‘automne 1900, Doyle entre en contact avec l’inspecteur Miller. Puisque le policier ne le prend pas au sérieux, l’écrivain s’improvise enquêteur. Le cas d’une jeune mariée assassinée dans une auberge de l’East End lui semble à sa portée. Toutefois, il a besoin de l’aide de son ami Bram Stoker, auteur de Dracula (1897) et administrateur d’un théâtre.

Selon l’aubergiste, la victime tuée chez lui n’était pas une prostituée. Il semble donc que le meurtrier était l’homme qu’elle venait d’épouser. Doyle ne trouve rien de précis dans les enregistrements de mariages. Mais le moine s’en occupant est certain d’avoir vu deux fois le même marié venu pour une déclaration. Dans une sorte de pension de famille, Doyle découvre un cas meurtrier identique au premier. Traquer une ombre n’est pas de tout repos, d’autant qu’il ne se fie pas aux hommes de Scotland Yard. Et que, sur cette piste, Doyle pourrait être impliqué dans d’autres meurtres de jeunes femmes…

Le récit permet de suivre alternativement les deux enquêtes, celle de Conan Doyle en 1900, celle d’Harold cent dix ans plus tard. Cette dernière est basée sur la mort non résolue d’un expert qui affirmait avoir retrouvé le journal intime perdu du créateur de Holmes. Parmi les Sherlockiens du monde entier, beaucoup sont de véritables obsédés de l’œuvre et de l’auteur, ce qui n’en fait pas des criminels potentiels. Aussi parfaitement documentée que soit cette histoire, il s’agit toutefois bel et bien d’une fiction. On suit avec grand plaisir cette partie du roman, dans la meilleure tradition du mystère et des investigations du détective amateur. Néanmoins, la partie historique séduit presque davantage encore. On se plait à imaginer Conan Doyle et Bram Stoker dans le Londres de 1900. Décors qui nous ramènent à cette époque victorienne aux classes sociales si tranchées, où le crime semble dans son élément naturel. Belle reconstitution, y compris en ce qui concerne la vie personnelle de Conan Doyle. Petit hommage à Oscar Wilde (Ce n’est pas le vice qui a tué Oscar, c’est la solitude) mort au même moment. Entre passé et présent, un roman à suspense de très belle qualité.

Par CLN - Publié dans : Auteurs M - Communauté : Culture Polar
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 10:33

BD-AFFREUX1À Lyon, dans la matinée du 14 juin 1963, le Crédit Général est attaqué par une bande de gangsters armés. Parce qu’un client intervient, l’opération ne tarde pas à tourner au carnage. Les flics cernent bientôt le quartier. Un meurtrier échange de tirs cause plusieurs victimes, chez les policiers et les truands. Intercepté, le braqueur Devineau est en état d’arrestation. Dumont est parvenu à s’enfuir sans être inquiété. Il n’a pas vraiment le choix quand les sbires du caïd Devineau, le frère de son complice, l’invitent à rencontrer le patron. Celui-ci n’aime pas être impliqué de trop près dans des affaires foireuses. Il donne ses ordres. Dumont a intérêt à obéir s’il veut rester du bon côté de la barrière, comme dit Sauveur, le second de Devineau. Esprit indépendant, Dumont supprime Gino et Carl, les hommes du caïd, avant de se faire la malle. Devineau se doit de réagir.

À Brignoles-sur-Gevray, Dumont-père s’alcoolise et végète dans sa propriété au cœur du vignoble bourguignon. Il est veuf depuis la guerre, inconsolable de son épouse morte dans des conditions incertaines. Jean Dumont traîne souvent avec ses deux meilleurs amis au bar de Mangin. Question de proximité, car ce n’est pas l’amabilité du patron qui les attire. Quant au curé, il serait bien avisé de ne pas se mêler de leurs discussions énervées. Avec Dumont et ses camarades de boisson (depuis la Résistance), il y a du bourre-pif dans l’air. Ils ont la taloche facile, le gnon généreux, l’uppercut percutant. Il est vrai que, généralement ivre, Jean Dumont s’en prend vertement à tout le monde, de Mlle Granbec amie des scouts à ce cancrelat d’huissier Laratière. Même son ami le comte de Flachet, qui appréciait vertueusement son épouse, ne peut guère calmer Jean Dumont.

Face au commissaire Lemoine et à son adjoint Franchard, le truand Devineau joue les innocents. Son puissant frère demande à Riton et sa bande de prendre la direction de Brignoles-sur-Gevray, où Dumont-fils se cache probablement. En effet, celui-ci vient de renouer avec son acariâtre père. Riton est un vieux copain de Mangin, le bistrotier ex-gangster : Quand il tient une sulfateuse dans les pognes, il te remplit un cimetière plus vite que la peste. Sur ce coup-là, c’est aux poings que se décide la victoire…

Il y a fort peu de chance que Jean Gabin, Lino Ventura, Bernard Blier, Michel Constantin ou Louis de Funès, tournent dans de nouveaux films. Pas plus que Francis Blanche, Paul Meurisse, Robert Dalban, André Pousse, et autres éminents seconds rôles de jadis. Ces tronches du cinéma français d’antan, qu’on aime revoir, pourquoi ne pas en faire les héros d’aventures inédites, en bédé ? Telle est l’idée de cet album, premier tome d’une série. Avec Steve McQueen en guest-star, dans le rôle du fils Dumont. Beau casting, pour un polar qui se veut dans la veine des films d’autrefois. Clin d’œil, c’est au bar Le Doulos qu’a ses habitudes le caïd Devineau. Dans le village bourguignon, ça picole et ça rigole, avant la castagne véhémente. Les dialogues s’inspirent de ceux du regretté Michel Audiard, presque aussi fleuris. Une histoire très sympathique, pour les nostalgiques du cinéma d’action de cette époque.

Par CLN - Publié dans : Chroniques BD
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 10:32

12-PARISAlice et son frère ont perdu leurs parents entre ciel et mer. Papa jouait au golf ou avec son amie Bérénice. Maman jouait dans des films muets ou avec son ami Tom. Alice et son frère doivent quitter l’appartement de l’avenue Paul-Doumer pour aller vivre à la campagne. Ils sont recueillis par l’oncle Paul, qui chasse les mouches avec les plis de son ventre. Plutôt archaïque que bucolique, la vie chez cet oncle alcoolique, sévère et radin. À la campagne, on ne dort pas dans un lit, on roupille dans le foin”, a décrété l’oncle Paul. Alors, c’est en journée que les deux enfants dorment, durant la classe de Mme Knop. Elle est gentille, cette institutrice qui finit par être belle quand elle tombe amoureuse du facteur. Ce séjour à la campagne va être brutalement et heureusement interrompu.

Bérénice est venue chercher Alice et son frère. Elle conduit les enfants au pays des shorts et des chemises hawaïennes. C’est là qu’elle vit avec Tom. Prenant exemple sur Tom, le frère d’Alice va gagner un peu de muscles. Il sera mieux respecté au village, admiré par les filles. Dont la belle Angèle, serveuse dans le bar de son père. Mais il n’est pas prêt à se laisser aimer. Avec Tom, habitué des lieux, il découvre le casino. Pendant ce temps, Alice et Bérénice vont au cinéma, voir le célèbre film muet de leur maman. C’est une histoire pour adulte, en effet. Si elle aime danser avec la mer, Bérénice n’est pas une grande optimiste. Quand Tom la quitte sans prévenir, même si les deux enfants la distraient, c’est mauvais pour son moral.

Dans l’univers d’Alice et de son frère, il y a d’autres personnes. Tel Pilou, le plus grand orphelin de la terre. Et Oscar, peintre venu de Buenos Aires pour oublier son modèle Priscilla. M.et Mme Kolopka, les patrons de l’Hôtel des Pins, aussi, qui ont un discours bien rôdé avec la clientèle. D’autres encore, dont la jeune Lulu ou le pervers libraire Van der Krumpf. Et puis Angèle, qui avait fui le pays des shorts et des chemises hawaïennes, y est revenue comme une reine. Ou plutôt une madone. De Barcelone à l’Égypte, en passant par Majorque, elle a rapporté de l’argent et des souvenirs. Tom va également revenir, même si Alice et son frère n’ont plus guère besoin qu’on s’occupe d’eux. Même s’ils deviennent adultes, ils semblent faits pour rester ensemble…

Poétique par son écriture, ce roman n’est effectivement pas un polar. Pourtant, il se produit une véritable hécatombe dans l’entourage des deux enfants. Alice dit que la mort ce n’est pas une mauvaise chose, à condition que cela tombe sur les autres. Puisque c’est un jeu qui envoie les défunts vers les étoiles, ces morts-là ne sont donc pas si dramatiques. Une des facettes de l’apprentissage de la vie, pour ce frère et cette sœur quelque peu incestueux. Les ouvrages offerts à Alice par le libraire les aident aussi : Quand tu auras lu tous ces livres, tu ne seras plus la même. Les gens se ressemblent trop, ils ne lisent pas assez. Ne deviens pas comme eux. Pour les lecteurs curieux d’une tonalité différente, l’itinéraire drolatique de ces enfants offre un rafraîchissant plaisir.

Par CLN - Publié dans : Auteurs P
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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 10:19

12-COOKChatham est une petite localité de la région du Cape Cod, sur la côte Atlantique des Etats-Unis, au sud-est de Boston. Depuis 1926, les décors y ont assez peu changé, sans doute. Si ce n’est qu’à l’époque existait là une école de garçons, créée par Arthur Griswald. Chatham School fut sa grande passion, et pendant les années qu’il y occupa la charge de directeur-fondateur […] il éprouva, comme il ne le ressentirait jamais plus, le plus profond sentiment de vivre pleinement sa vie explique son fils Henry, quelques décennies plus tard. Henry est encore un adolescent quand, pour cette année scolaire, son père accueille une nouvelle professeure d’arts plastiques, la séduisante Mlle Élizabeth Channing.

Ayant parcouru le monde avec son défunt père, un écrivain-voyageur, la jeune femme impressionne Henry Griswald. Celui-ci n’a plus envie de se soumettre aux rigides principes pédagogiques de M.Griswald. La vie ne vaut d’être vécue qu’au bord de la folie, écrivit le père de Mlle Channing. Henry fait sienne cette devise. Il se met à beaucoup dessiner, ce qui le rapproche de la jeune professeure. Il se rend souvent près du Noir-Étang, au cottage où elle s’est installée. L’employée de maison de ses parents, Sarah, veut apprendre à lire. Henry l’accompagne à chaque fois qu’elle prend des cours chez Mlle Channing. Son père engage bientôt un autre professeur, Leland Reed, qui garde des séquelles de la Grande Guerre.

M.Reed a une épouse et une fille, la petite Mary. Ils logent sur la berge opposée du Noir-Étang, par rapport à Mlle Channing. Henry a remarqué les regards de la jeune femme pour M.Reed. Ce dernier rend très souvent visite à Mlle Channing, chez elle. Henry se propose d’aider M.Reed, qui construit lui-même son voilier dans un hangar de Chatham. L’adolescent sent chez ce professeur une sorte d’insatisfaction, une envie de fuite. Une connivence confuse s’établit entre eux.

Quand, en mai 1927, un drame se produisit autour du lieu-dit Noir-Étang, des habitants de Chatham prétendirent l’avoir prévu. M.Griswald-père fut moins sévère et catégorique que ses concitoyens. Me Parsons, le procureur, avait sa propre vision accablante de l’évènement. Logiquement, Henry Griswald fut un des principaux témoins de l’affaire. Désormais âgé, lui-même ancien homme de loi, Henry se souvient encore de l’impitoyable moralisme de Me Parsons. Mais nul ne sut jamais ce qui se passa réellement au lieu-dit Noir-Étang…

Il ne suffit pas de raconter une histoire pour capter notre attention de lecteurs. C’est par son écriture, que Thomas H.Cook nous hypnotise merveilleusement. Il entremêle les époques avec une souplesse impressionnante. Le narrateur Henry, qui vit toujours à Chatham, est effectivement le témoin privilégié de ce cas criminel. Pour le retracer, il évoque plusieurs périodes de sa vie. L’adolescence, mais aussi son âge adulte, quand il eut l’occasion de retourner sur les lieux du drame, et bien plus tard son regard apaisé de vieil homme. Comme il sait si bien le faire, l’auteur décrit le caractère profond des héros, avec leurs incertitudes ou leurs aspirations perdues.

On n’oublie pas que nous sommes au milieu des années 1920, dans un paysage éminemment romantique. Passion amoureuse, est-ce le thème du récit ? Si des fleurs poussent dans les cendres d’un volcan, c’est ici l’inverse. Dans les années qui ont suivi, j’ai considéré que l’affaire de Chatham School était l’exact opposé […] une chose avait fleuri brièvement, exhalé un parfum exquis puis, en un instant déchirant, tout réduit en cendres dit Henry. Vu la situation, il existe bien plus d’ambiguïté psychologique que ne le perçut le procureur. De la corde et un couteau ne donnent assurément pas les clés du procès, pas plus que l’apparente relation entre les protagonistes. Un suspense d’une admirable subtilité.

Par CLN - Publié dans : Auteurs C - Communauté : Culture Polar
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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 10:18

12-CAMILLERIEt comment je vous la résume cette fois-ci, l’histoire ? À Vigàta, en Sicile et ailleurs, tout le monde connaît déjà le commissaire Salvo Montalbano, oh que oui. Célèbre, il l’est pour ses emportements, sa crainte de vieillir et son amour de la bonne cuisine. Le monde actuel, il le trouve parfois désespérant : Montalbano s’arappela qu’à une époque désormais lointaine la mer, quand elle se retirait, ne laissait sur le sable que des algues parfumées ou de très beaux coquillages, comme un cadeau que les ondes laissent aux hommes. À présent, [polluée de déchets] elle nous rendait nos propres cochonneries. Sa compagne Livia qui vit à Boccadasse, du côté de Gênes, on ne la présente pas non plus, avec son caractère soupçonneux.

L’adjoint de Montalbano c’est le consciencieux Fazio, que tous les détails de l’enquête c’est lui qui s’en charge, comme toujours. Il ne livre ses trouvailles qu’avec parcimonie : Ce devait être très intéressant pour que Fazio se fasse sortir les réponses au tire-bouchon. Chaque fois qu’il devait lui dire quelque chose d’essentiel pour une enquête, il se munissait d’un compte-goutte. Il y a aussi le Dr Pasquano, le légiste qui furibonde pour se défouler, lui ne change surtout pas. Enfin, il y a le collègue policier du commissaire, Mimì Augello. Lui, on ne le voit pas beaucoup dans cette histoire, à part au début de l’enquête. Impliqué dans l’affaire, il l’est pourtant. Il a sorti des calembredaines à sa femme Beba, laquelle en a parlé à Livia, qui a transmis à Salvo. Et voilà un tracassin supplémentaire pour le commissaire.

Un souci de plus, oui, car on a découvert un cadavre non-identifiable dans un terrain argileux sous la pluie. C’est qu’il est découpé en trente morceaux, le catafero. L’irascible légiste affirme qu’il s’agit d’une exécution, avec découpe méthodique du corps. Mais Fazio ne trouve aucun porté disparu correspondant à la victime. Par contre, il identifie bientôt une jeune femme qui a peut-être été agressée par une voiture, la nuit. Cette Dolorès Alfano s’adressera à Montalbano, mais ça c’est plus tard. Entre-temps, Salvo demande un petit service à son amie Ingrid (Le mari d’Ingrid était connu pour être un bon à rien, il était donc logique qu’il se soit consacré à la politique). Elle doit surveiller ce séducteur de Mimì Augello, pour savoir ce qu’il mijote. Car les courriers plutôt énigmatiques qu’il transmet à Montalbano, celui-ci ne sait pas du tout comment les interpréter.

Un roman d’Andrea Camilleri et, surtout, l’évangile selon Matthieu offrent à Salvo un début d’explication sur le cadavre inconnu. De quoi penser que la Mafia joue un rôle mortifère dans le meurtre. Les flics de l’anti-mafia, ils ne prennent pas au sérieux les hypothèses de Montalbano, tant pis pour eux. La belle Dolorès Alfano, la revoilà. Son mari qui est embarqué sur un navire marchand, elle n’en a plus aucune nouvelle depuis deux mois. Elle s’inquiète, la pauvrette, c’est normal. D’autant que son mari, vérification faite par Salvo, il n’a pas pris son poste sur le bateau comme prévu. Et que dans le studio de Messine d’où il est parti, il y a des indices possiblement suspects. La concierge (monarchiste) est une précieuse alliée pour Salvo. Quant au cadavre, il est très probable qu’un grand chef de la Mafia ait ordonné son exécution…

Et l’agent Catarella, qu’est-ce qu’il fut pour lui ? Glissades dans la boue d’argile. Transmission approximative des messages et des noms. Des problèmes avec la porte du bureau de son supérieur, aussi : Dottori, j’étais en train de pinser que peut-être bien qu’il m’aconvient de frapper avec le pied, vu qu’avec la main je ne contrôle jamais. Non, il vaut mieux que tu utilises le système que je te dis: quand tu es derrière la porte, au lieu de frapper avec la main, tu sors le revorber et tu tires en l’air. Tu feras sûrement moins de bruit. Brave Catarella, sans lequel une aventure de Montalbano perdrait tant de sa saveur… En conclusion, car il est temps : au summum de son écriture, le maestro Camilleri nous régale une fois encore, avec une histoire ciselée alliant intrigue et humour.

Par CLN - Publié dans : Auteurs C
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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 10:16

12-JAHNÀ New York, Kat est une jolie brune de vingt-huit ans. Le 13 mars 1964 à quatre heures du matin, elle ferme le bar de nuit où elle travaille. Cette jeune femme volontaire rentre chez elle en voiture, à quelques minutes de là. Ayant garé sa Studebaker sur le parking de son immeuble, Kat traverse la cour quand elle est poignardée par un inconnu. Plusieurs voisins sont éveillés à cette heure. Ils se rendent compte de l’agression. Seul Patrick, dix-neuf ans, intervient vaguement. Le quidam s’enfuit. Chacun des habitants pensant que quelquun d’autre a déjà téléphoné à la police, personne ne vient en aide à Kat. Il est vrai que tous ont des préoccupations qu’ils estiment plus importantes.

Convoqué pour l’armée, Patrick se demande qui va se charger à sa place de sa mère, gravement souffrante. L’infirmière blanche Erin a envoyé son mari noir Frank vérifier si l’accident qu’elle vient de causer a des conséquences mortelles. Diane fait une scène de ménage à son époux Larry, rentré si tardivement de sa soirée au bowling, peut-être resté chez sa maîtresse. Un autre couple de voisins s’essaie à l’échangisme, au risque pour le mari de confondre sexe et sentiments. Quant au solitaire et suicidaire Thomas, il se prépare à une mort propre. Son compréhensif ami Christopher s’invite chez lui. Cette vie de famille idéale dont il parle souvent, Thomas lui avoue que c’est un mensonge.

Dans le quartier, surviennent d’autres évènements tandis que Kat attend en vain du secours, faiblissant peu à peu. Ancien enseignant, M.Vacanti a un sérieux accident de voiture. Quand arrive l’ambulancier David, il reconnaît la victime. Le policier Alan Kees fait sa ronde dans son véhicule de service. Lui qui se prend pour un bon flic, il en profite pour gérer ses combines, qu’un maître-chanteur met en péril. Il va régler le problème à sa manière, violente. Lorsque Frank, le mari d’Erin, a pu vérifier les dégâts que sa femme a causé, il est prêt à rentrer. Mais il est entraîné dans une sale affaire, où un Noir a peu de chances de se voir innocenté. William, l’agresseur de Kat, est passé chez lui. Toutefois, il a encore besoin de sortir. Dans l’immeuble, les voisins ont oublié Kat, qui garde encore quelques forces…

Environ deux heures, c’est le temps que dure cette histoire. Une agression qui ne perturbe guère la brochette de voisins passifs, dont nous suivons les petits tracas et les cas de conscience personnels. Malgré ces vraies ou fausses raisons, ces gens sont tous fautifs de ne pas intervenir. Que ce roman s’inspire d’un faits divers de l’époque, ce n’est pas tant ce qui importe. Car il s’agit ici d’une fiction, d’un habile chassé-croisé de personnages, d’une mécanique idéalement huilée. Chacun vit égoïstement ces minutes si longues pour la pauvre Kat, blessée qui ne désespère pourtant pas. Nous sommes dans le contexte de l’Amérique des années 1960. Certes, les mœurs sexuelles sont moins libres que de nos jours, et le flic Alan est un ripou de la pire espèce, par exemple, mais l’auteur n’abuse pas des clichés. Au contraire, il restitue une ambiance aussi sombre que cette fin de nuit agitée. On en oublie les rouages du récit criminel, pour apprécier la psychologie profonde rendant crédibles les protagonistes. Le sort de Kat n’est pas le seul suspense alimentant cette intrigue aux ramifications entremêlées. Un roman impeccable !

Par CLN - Publié dans : Auteurs J - Communauté : Culture Polar
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