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Publié par Claude LE NOCHER

Anne Perry : Le spectacle de Noël (Éd.10-18, 2013)

Noël 1897. Joshua et Caroline Fielding vont passer une dizaine de jour à Whitby, dans le Yorkshire. Comédiens, ils sont invités avec leur troupe dans la propriété de leur mécène, Charles Netheridge, et de son épouse. Ils doivent y jouer une pièce de théâtre que leur fille Alice a tiré de “Dracula”, le déjà célèbre roman de Bram Stoker. “Dans le livre, la tempête jetait le cercueil où reposait le vampire sur le rivage de Whitby. La pièce serait donnée le lendemain de Noël, devant un public composé d'amis et de voisins des Netheridge.” Dès le premier soir, Caroline perçoit des tensions. Le comédien Vincent Singer montre une fourbe agressivité. Le fiancé d'Alice, Douglas Paterson, craint qu'elle ne prenne trop au sérieux ses prétentions artistiques. Alors que ce n'est qu'un spectacle au public restreint.

Le destin de la jeune femme est de devenir une bonne épouse. Ce que pensent aussi ses parents : “Ce sera une véritable aubaine pour notre Alice... Une agréable distraction, avant qu'elle ne se consacre à sa vie conjugale.” Leur condescendance laisse perplexe Caroline. Mère de trois filles adultes aux parcours sinueux, sa maturité lui dicte davantage de tolérance. Même si en cette époque victorienne, les femmes restent inférieures. Le lendemain, la troupe commence par une lecture de la pièce d'Alice, version épurée de “Dracula”. Joshua Fielding fait comprendre au père et au fiancé de la jeune femme qu'il faudra en améliorer l'écriture, ce dont il va se charger. Sceptiques, Netheridge et son futur gendre ne voient toujours là qu'un plaisant projet, sans grande importance.

Anton Ballin est un voyageur bloqué par un accident et, maintenant, par l'épaisse neige. Il trouve refuge chez Netheridge. Ce soir-là, on évoque les vampires et les mythes grecs, ce qui ne risque pas d'alléger l'ambiance. Lors des répétitions suivantes, Ballin apporte son grain de sel afin d'améliorer la pièce. Il suggère d'incarner le rôle de Van Helsing d'une façon plus vivante, plus convaincante. Vincent Singer, qui joue ce personnage, ne tarde pas à s'approprier cette idée. Douglas Paterson semble fortement attiré par la comédienne Lydia Rye, qui ne ménage pas son charme. Caroline essaie de restituer avec le plus grand soin les décors inquiétants des Carpathes version Dracula. En parallèle du spectacle, un vrai drame couve. Que ni Caroline, ni aucune personne présente ne saurait empêcher. Car il y a de la vengeance mortelle dans l'air...

 

Anne Perry s'est rendue célèbre grâce à deux principales séries, les aventures de Charlotte et Thomas Pitt, ainsi que celles de William Monk. On lui doit par ailleurs quelques autres titres tout aussi réussis. Tous les ans, elle présente un suspense plus court que ses autres ouvrages, dans la série “Petits crimes de Noël”. Il s'agit de contes criminels, ayant pour cadre l'époque victorienne. Situés durant la période de Noël, qui devrait être propice à la paix et au bonheur, ces romans sont fort énigmatiques. Comme si, symboliquement, les âmes noires attendaient ces temps hivernaux pour ternir un moment festif.

C'est la mère de Charlotte Pitt qui observe les faits dans la présente histoire. Femme d'expérience issue d'un milieu aisé, elle a choisi une nouvelle vie par ce second mariage avec un comédien. Comme elle, tandis que la pièce prend tournure, nous sentons que la tragédie n'est pas loin. Vu le sujet, l'intrigue ne peut qu'être quelque peu théâtrale. C'est loin d'apparaître déplaisant, d'autant que c'est “Dracula” de Bram Stoker qui sert de toile de fond. On n'oublie pas d'évoquer les vampires, l'arme du crime imitant un objet destiné à les éliminer. Ce nouveau "conte cruel de Noël" d'Anne Perry nous offre, une fois de plus, un très bon moment de lecture.