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Publié par Claude LE NOCHER

Valentin Musso : Une vraie famille (Éd.Seuil, 2015)

Âgé de cinquante-huit ans, François Vasseur est un universitaire, spécialiste de l'Histoire médiévale. Son épouse quinquagénaire Mathilde, propriétaire d'une galerie d'art à Paris, a un faux-air de Meryl Streep dans "La route de Madison". Il semble que leur fille Camille se soit éloignée d'eux pour s'installer à Londres. Il est vrai qu'il ne furent guère des parents attentifs, leurs métiers passant d'abord. François Vasseur a connu un sérieux problème lui causant une blessure à la jambe. Le couple s'est installé depuis quelques mois dans une propriété campagnarde isolée, à une quinzaine de kilomètres de Quimperlé. Ils n'ont pour voisins que la famille du vieux fermier Le Bris, soixante-quinze ans. François Vasseur reste en contact avec les cercles universitaires parisiens. Il se rend régulièrement à Quimperlé chez la kiné Laurence, pour des séances de massage. Une certaine sympathie s'est nouée avec la jeune femme, mariée à Marc, lieutenant de gendarmerie.

Ce n'est pas un intellectuel comme François qui s'occupera du jardin, d'autant moins avec sa jambe douloureuse. Il engage un jeune homme de vingt ans aux cheveux ras, qu'il a rencontré par hasard. Ce Ludovic, originaire de Lille, vit dans sa camionnette. Il est assez taciturne et peu cultivé, mais il fait un excellent boulot dans le jardin du couple. Dans le bâtiment annexe de la longère des Vasseur, les travaux de l'appartement destiné à Camille sont restés en suspens. Entreprendre ce chantier paraît exciter Ludovic. Si Mathilde a été réticente au début, elle voit d'un bon œil qu'il se charge des travaux. Vu comme il pleut sans cesse à l'extérieur, plutôt que de loger dans sa camionnette, Ludovic est invité par le couple à s'installer dans l'appartement en rénovation. Quand François en parle à la kiné Laurence, elle lui recommande tout de même la prudence. Après tout, les Vasseur savent bien peu de chose sur ce jeune bricoleur, aussi compétent soit-il.

François a l'impression que le chantier a un peu ralenti depuis que Ludovic y habite. De menus incidents se produisent. Le plus troublant, c'est le vol d'un livre rare appartenant à François, que le jeune homme va discrètement restituer, faute d'avoir pu le vendre. Quand il fait des recherches sur Internet, François s'aperçoit que Ludovic se nomme en réalité Bryan Lefebvre, natif de Douai. Il a été impliqué dans une affaire de viol collectif : même s'il n'était pas coupable, c'est lui qui entraîna la jeune Mélanie lors d'une soirée de fête. Mathilde Vasseur n'est pas convaincue que Ludovic soit un vaurien. D'ailleurs, tous trois effectuent quelques sorties "en famille", le jeune homme apparaissant un peu tel leur fils. Mais ça fait près de deux mois que Ludovic est chez les Vasseur. Quand il annonce être sur le départ, les travaux étant terminés, ça soulage François. Pourtant, Ludovic ne va pas si vite quitter la maison du couple…

 

Voilà ce qui résume les cent-cinquante premières pages de cette histoire, le premier acte. On l'aura compris, les lecteurs ne sont pas au bout de leurs surprises. Car il reste deux-cent-vingt pages, en deux autres parties. Intrigue axée sur le trio de personnages principaux, plus trois ou quatre seconds rôles, cette histoire n'est toutefois pas théâtrale, figée dans son décor rural et pluvieux. Ici, le danger est en priorité psychologique. Même si, au final, on compte deux morts et un blessé, dont le pronostic vital ne sera bientôt plus engagé. Dès le début du deuxième acte, la situation va curieusement évoluer. Et l'on en saura un peu plus sur le passé de chacun des trois héros de l'affaire.

Quant aux lieux choisis, l'auteur semble avoir retenu l'image des impressionnantes crues à Quimperlé, sud-Finistère, en février 2014. Il présente un scénario intimiste, tout en sobriété. Ce qui n'empêche nullement des rebondissements, ni que doutes et questions viennent à l'esprit. Les amateurs de polars penseront inévitablement aux noirs suspenses de Frédéric Dard, écrits dans la première partie de sa carrière : un contexte quotidien, peu de protagonistes, des faits inquiétants restant légers, une ambiance qui tourne au malaise, peut-être à une forme de cruauté. Dans la même tradition, Valentin Musso nous a concocté un captivant psycho-suspense, très vivant grâce à une belle fluidité narrative.

Chaque jour, mes chroniques et mes infos : http://www.action-suspense.com