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Publié par Claude LE NOCHER

Denis Vauzelle : Au fond (Éd.du Rocher, 2016)

Ancien comptable âgé de soixante ans, Charles est retraité depuis peu. Avec France, son épouse depuis vingt ans, ils ont quitté Versailles pour s'installer dans le Pays Basque. Plus jeune que lui, France reste journaliste pour un hebdo parisien. Ponctuellement, elle doit s'absenter. D'autant qu'elle prépare un nouveau sujet sur Sylvia Plath, poétesse oubliée dont la vie et le destin furent très sombres. France a le soutien de son rédacteur-en-chef, ce qui rend son mari quelque peu jaloux. S'ennuyant ferme, Charles aurait tendance à abuser des bières. Il finit par s'intéresser à une maison inoccupée, qu'il peut apercevoir de chez lui avec ses jumelles. Elle ne semble pas si vide, puisqu'il remarque de la lumière, la nuit. Charles connaît en partie l'histoire particulière de cette maison.

Au temps où les séparatistes de l'ETA étaient très actifs, quatre d'entre eux se cachèrent dans la maison, dont les ayants-droits n'avaient rien à faire. La réputation violente de ces activistes n'était pas usurpée. Le maire d'alors, Gaston Cester, fut prévenu de la présence clandestine de ce petit groupe. Il dut se débrouiller seul, négocier pour qu'ils s'en aillent. À leur départ, ces membres de l'ETA avertirent qu'ils avaient piégé la maison, qu'elle risquait d'exploser si on y entrait. Bien que le maire ait contacté les autorités, aucune décision de déminage ne fut prise. Pour M.Cester, ça reste une affaire sans dénouement, qu'il raconte volontiers à Charles. Celui-ci retourne dans la maison. Il y rencontre une blonde aux yeux verts d'à peine trente ans, Édith Stern. Les lumières aperçues, c'est elle.

Si Charles évoque l'affaire autour de cette maison avec France, il évite soigneusement de parler de la ravissante Édith. La journaliste promet de se renseigner sur le sympathisant des séparatistes qui fit partie du groupe, un poète connu sous le pseudo de Tuy Pomatuy. Quel fut vraiment le rôle de ce "4e homme" ? Est-ce lui qui fit piéger les lieux ? Excités par une possible présence, Gaston Cester et son petit-fils invitent Charles à les suivre pour intervenir dans la maison piégée. Il ne faut pas qu'ils découvrent Édith : heureusement, France utilise une ruse afin de calmer l'ex-maire. Elle demande à un ami bordelais, le flic retraité Giorgio Cardona, de les rejoindre au Pays Basque. Il enquêta plusieurs années plus tôt sur une mort insolite, qui a probablement un rapport avec tout cela.

Le dossier en question concernait ce qui ressemblait fort à un cas de "mystère en chambre close", car un homme fut emmuré chez lui. Volontairement, ou pas. Armé d'un flingue, Giorgio Cardona explore la maison, suivi par Charles. L'ancien policier y trouve des traces d'Édith, dont la caméra spéciale qu'elle utilise, filmant malgré les obstacles. Giorgio pense que l'intruse appartient à un service de police, peut-être l'Anti-terrorisme. Plus tard, il raconte à Charles et France tout ce qu'il sait sur Tuy Pomatuy, poète ami de l'ETA. Celui-ci fut obsédé par des images fantasmagoriques, liées à un épisode vécu dans sa famille. Sur la notion de "derniers instants de vie", il écrivit un long poème. Quant au secret de la fameuse maison, piégée ou non, il reste à découvrir…

 

On peut aborder ce roman tel un polar, même s'il n'appartient pas strictement à ce genre littéraire. Il en utilise certains codes, cultivant une ambiance énigmatique et ne se privant pas de rebondissements. Des terroristes d'antan, une mort en "chambre close", une jeune femme hantant une maison isolée (et maudite), un ex-baroudeur de la police, voilà des ingrédients conformes à une belle intrigue criminelle. Le sexagénaire Charles, pour qui la retraite est une rupture, un "coup de vieux", se passionne d'autant plus pour ce mystère qu'il n'est pas insensible au charme troublant d'Édith. À propos de laquelle il ne sait pas grand-chose, si ce n'est qu'il tient à la protéger.

En marge de l'affaire, on revient sur l'histoire dramatique de Sylvia Plath (Boston, 1932-Londres, 1963) et de ses enfants. Car l'épouse de Charles baigne dans l'univers culturel. Occasion d'un hommage à une poétesse de talent, dont quelques initiés se souviennent aujourd'hui. Ce qui offre sans doute un lien indirect avec la partie mystérieuse de ce suspense. Ici, malgré une forme d'enquête et même si la mort est très présente, on ne cherche nullement un coupable. N'en disons pas davantage. Un roman "aux frontières du genre", donc différent des polars ordinaires.