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Publié par CLN

 

MAN-ZIDROUEn Espagne, Augustin Mirales s’est fait engager comme prof d’esthétique dans un établissement scolaire. Son objectif était de kidnapper une des élèves, Serena Selznic, âgée de dix-sept ans. Ce qu’il a fait sans difficulté, après une rencontre à la piscine. Il a confié la jeune fille à sa complice, une mûre prostituée fascinée par la télévision. Son habituel chauffeur de taxi, Ibrahim, admirateur d’Oum Kalsoum, l’a conduit au club Las Vegas. C’est là qu’Augustin Mirales a rendez-vous avec Selznic, le père de Serena, un caïd mafieux. En échange de sa fille, le prof exige qu’on retrouve la prostituée équatorienne Maria-Auxiliadora Alaya, dite Shakira.

Séparé d’Ana depuis cinq ans, Augustin s’était hasardé au Paraíso. Malgré ce nom, le club n’a rien d’un paradis. Juste un bordel, où les filles espèrent tomber sur des clients pas trop difficiles. Augustin éprouva un réel coup de foudre pour la jeune pute venue d’Équateur, qui pensait trouver un vrai job en Espagne. Ange déchu pathétique, parmi toutes celles auxquelles on a coupé les ailes. Le couple se vit parfois à la sauvette, hors du Paraíso, malgré de véritables risques. Alors qu’elle comptait fuir le club, Maria-Auxiliadora a disparu. Le caïd Selznic tient à sa fille. Bien sûr, il ignore tout de cette prostituée, une parmi son cheptel si facile à renouveler. Il envoie un de ses sbires, Goran, sur la piste de cette Équatorienne aussi précieuse aux yeux d’Augustin que l’est Serena aux siens.

La jeune kidnappée s’ennuie ferme et mange mal, en compagnie de sa gardienne. Au rendez-vous suivant, dès le lendemain soir, Selznic peut renseigner Augustin. Devant encore dix mille Euros à sa filière, elle a été interceptée et transférée dans un club plus sordide si c’est possible que le Paraíso, à Almeria. Les deux hommes vont s’y rendre, mais il y a peu de chance qu’ils deviennent copains pour autant. Bien que, depuis le début, Augustin joue au type plein de sang froid, limite cynique, rien n’indique qu’il ne va pas vers un coup fourré. Son bonheur et celui de Maria-Auxiliadora a un prix…

Dans l’esprit du polar, voilà une excellente bédé one-shot (histoire complète). La construction de l’intrigue n’est pas linéaire, ce qui ajoute assurément du piment à la lecture. Il valait mieux, car le client épris de la prostituée reste un postulat limite éculé. Zidrou le renouvelle quelque peu. En effet, le prof Augustin raconte par courrier ses mésaventures à sa sœur Christina et à son mari Francisco. Non sans raison, on le verra. Quant au thème de la prostitution, éternellement traité, il est évoqué ici d’une manière crédible et sensible. Que ce soit par le témoignage de la complice d’Augustin, ou par le dessin de Man. Les images nocturnes ou d’intérieur dominent, bien entendu. Un graphisme de grande qualité. L’ambiance de ces clubs pour sexe tarifé n’a rien d’une fête, aussi artificielle paraisse-t-elle. Il s’agit bien de l’aliénation des femmes, plongées dans cet enfer glauque sans le moindre état d’âme, alimentant de juteux trafic. Le récit entretient donc l’espoir d’un peu de romantisme dans ce sombre univers.