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Publié par Claude LE NOCHER

Philippe Bouin : Les Chais des ambitieux (Presses de la Cité, 2014)

Archilbald Sirauton est un ex-juge d'instruction, devenu depuis quelques années vigneron en Bourgogne. Il vit au manoir de l'Ardières, avec son chien et son employée Bougonne. Si elle se prénomme Amélie, ce sobriquet convient à cette dame qui aime à passer pour un peu sorcière. Xa, la fiancée comédienne d'Archi, vient de temps à autres au manoir. Archi est désormais maire de Saint-Vincent-des-Vignes, bien que ce ne soit pas une vocation. Il lui arrive de démêler des affaires criminelles. L'appui de l'adjudant-chef Fernandez, de la gendarmerie locale, ou du lieutenant de police lyonnais Bordas, adjoint de l'incompétent commissaire Poussin, ne sont pas inutiles à Archibald. À l'occasion le père Goma, le curé Noir natif de Brazzaville, peut s'avérer un allié vis-à-vis de la population.

Âgé de soixante-sept ans, Éric Pillorget a disparu depuis trois mois. C'est le propriétaire d'un vignoble de la région, aux confins du Beaujolais. En développant l'aspect commercial, et en s'appuyant sur la production de petits viticulteurs, sa société a pris son essor depuis de nombreuses années. La disparition de Pillorget risque fort d'inciter les actionnaires de l'entreprise à vendre aux investisseurs chinois qui n'attendent que ça. Edmonde Pillorget, épouse d'Éric, tient provisoirement les rênes avec le soutien de Victor Jarry, comptable et ami du propriétaire. Les services du commissaire Poussin ne retrouvant pas le disparu, Jarry s'adresse à Archibald afin qu'il mène sa petite enquête. S'il n'a pu résoudre le cas récent d'une quadragénaire inconnue assassinée par ici, Archi va tenter d'intervenir.

Un dîner chez les Pillorget permet à Archibald de mesurer que chacun d'eux ne défend que ses propres intérêts. Le seul qui soit fiable, c'est Maxime Aubert, le filleul d'Éric Pillorget. Tant qu'il ne dispose pas de la majorité des parts dans la société, en s'arrangeant avec Edmonde et quelques autres, il ne peut toutefois s'opposer à rien. Filoche, adjoint d'Archi, est doué pour dénicher les détails oubliés. Mais c'est Bougonne qui va donner une piste à son employeur. Le vigneron Marcel Lavoisier est le beau-frère de François, majordome des Pillorget. Ayant naguère trafiqué son vin, il se fit prendre. Depuis, il cache à peine être un des pires ennemis d'Éric Pilorget. Il essaie de manipuler François, dont la sœur Margot fit un temps partie de l'entourage des Chais Pillorget.

Vieil ermite atrabilaire et misanthrope vivotant dans la Dombes (Ain), Alphonse Bourdalin ne vit aucun mal à venir en aide à un marginal qui se logea dans une proche cabane. Mais un incendie a ravagé la pauvre cahute, et son occupant est mort. Des indices montrent qu'il s'agissait d'Éric Pillorget. On retrouve un codicille à son testament, qui permettra à Maxime de gérer sa société. Aux obsèques, Archi note la nervosité des actionnaires. Il va ensuite bousculer un peu Marcel Lavoisier, afin de le faire parler. Chez les Pillorget, la situation n'est pas encore assainie, et la mort risque de frapper à nouveau...

 

Après avoir été publié depuis 2000 aux éditions Viviane Hamy puis chez Le Masque, Philippe Bouin a connu de beaux succès chez l'Archipel avec “Comptines en plomb” (2008, Prix polar Cognac), “Paraître à mort” (2010), “Va, brûle et me venge” (2011). En écrivant “Le vignoble du Diable” (Presses de la Cité, 2013), il a opté pour des romans s'inscrivant dans la comédie policière. Ce qu'il confirme avec “Les Chais des ambitieux”, deuxième volet des aventures d'Archibald Sirauton. L'alliance de l'humour, du suspense et du bon vin, donne forcément une tonalité fort sympathique à ces histoires.

Si le terroir bourguignon sert de décor aux intrigues, le personnage d'Archibald apparaît atypique, tant dans sa dégaine que par la non-méthode apparente de ses investigations. Tel un témoin s'impliquant officiellement peu, Archi laisse progresser les faits. Connaissant l'âme humaine, il sait qu'il est difficile de faire confiance à quiconque dès lors qu'existent des enjeux financiers. Grâce à des gens comme Martinien Lefuissé et autres buveurs du Café de la Mairie, ou un malfaisant sans envergure genre Marcel Lavoisier, on a également l'occasion de sourire. Si le dénouement se passe dans le salon du château, clin d'œil à la tradition, entre-temps les péripéties et pistes diverses n'ont pas manqué. Auteur confirmé, Philippe Bouin nous présente-là une affaire énigmatique extrêmement plaisante à lire.