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Publié par Claude LE NOCHER

Max Obione : Daisybelle (Éditions du Jasmin, 2014)

Au début des années 1960, le jeune Louis Hortiz passe ses vacances en juillet sur la côte normande, comme chaque année. Surnommé Loulou, il est accompagné de sa sœur aînée Lucette qui, avec son amie Gisèle, préparent hypokhâgne. Occupés, leurs parents ne les rejoindront qu'un peu plus tard. Jusqu'à présent, Loulou n'avait pas porté attention à un vieux monsieur, qu'il ne tarde pas à appeler le Père Carillon. Ce dernier connaît de vue la famille du gamin. En réalité, son vrai nom est Raymond Radaigue. Ayant perdu sa femme Edwige et leur fille, le père Carillon est un ancien policier. Il possède un side-car, une moto avec baquet sur le côté. C'est une Terrot VA 750 de 1936 ayant appartenu à son père, un engin puissant pour son temps qu'il bichonne avec le plus grand soin.

Raymond Radaigue a une autre grande passion dans la vie, le cyclisme. En particulier, le Tour de France. D'Antonin Magne à l'exceptionnel René Vietto, en passant par Jean Robic, les champions d'antan n'ont pas de secrets pour le père Carillon. La génération actuelle de bons coureurs français est représentée par Bernard Mulot. Il brille dans cette édition du Tour, qui va passer près de là avec arrivée à Deauville. Le père Carillon propose à Loulou de suivre la course de plus près en embarquant avec lui sur sa moto Daisybelle. Voilà qui est drôlement tentant, mais il y a Lucette et Gisèle. Tant pis, Loulou laisse un message à sa sœur et adresse une lettre assez mensongère à ses parents pour n'inquiéter personne. Et c'est ainsi que début l'expédition du duo, au cœur du Tour de France.

Loulou apprécie l'ambiance qui règne parmi les spectateurs le lon de la route. À l'arrivée de l'étape, Raymond Radaigue retrouve par hasard un de ses vieux amis, Albert Galipot, dit Bébert. Celui-ci est technicien dans l'équipe de Bernard Mulot, qui devrait être le meilleur dans le contre-la-montre du lendemain. Le milieu du cyclisme professionnel ne sent pas toujours bon, et les rumeurs de dopage ne sont pas fausses. “Il y a les braves types, les bosseurs, les soutiers au service des as et des leaders qui ne seraient rien sans les forçats du peloton. Et il y a les truqueurs, comme partout” relativise Bébert. Après un succulent repas de moules, Loulou et le Père Carillon sont autorisés à rouler derrière Mulot durant son contre-le-montre. C'est là que l'affaire va tourner au tragique...

 

Au sujet des grands champions cyclistes, à chacun sa génération. Roger Lapébie fit frémir les admirateurs d'avant-guerre, Fausto Coppi et Charly Gaul ceux des années cinquante, puis ce fut le cas de Jacques Anquetil, d'Eddy Merckx, de Bernard Hinault, jusqu'aux coureurs d'aujourd'hui. Un univers d'autant plus fascinant qu'il est populaire. Du critérium local au Tour de France, c'est toujours la fête du vélo avec ses flonflons tonitruants, ses pronostics aléatoires dans le public, et son indispensable caravane publicitaire.

Pourtant, pour “les forçats de la route”, expression datant de l'entre-deux-guerres, la pénibilité de la course est une réalité. Entraînement, massages quotidiens et repas aux pâtes ne sauraient suffire pour gagner. Alors, dans ce sport comme dans d'autres, on continue à banaliser le dopage. Les décès de plusieurs coureurs n'ont jamais servi de leçon.

Bien sûr, s'agissant d'un roman destiné à la jeunesse, c'est avant tout l'expérience que va vivre Loulou qui importe. “[Les frites] trempées dans le jus de moules, c'était un bonheur gustatif inouï. De cet épisode, je conserve pour les moules marinières un goût immodéré. Marcel Proust avait sa madeleine, moi j'ai les moules pour me renvoyer dans le passé heureux de mes vacances.” Gamin sage comme on l'était en ce temps-là, collectionneur de cailloux rares, le voilà plongé dans une aventure originale. En partie racontée par lui-même un demi siècle plus tard, l'histoire de Loulou bénéficie d'une belle fluidité. On prend un réel plaisir à suivre les péripéties traversées par ce sympathique duo. Un suspense à mettre entre toutes les mains, pour enfants et adultes.