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Publié par Claude LE NOCHER

Jean Failler : Mary Lester et la mystérieuse affaire Bonnadieu (Éd.du Palémon, 2017)

Habitant Quimper, la policière Mary Lester est de longue date en poste au commissariat de cette ville, en Finistère-sud. Au besoin, elle sillonne la Bretagne et la Côte Atlantique, pour mener à bien les enquêtes dont elle est chargée. Son supérieur confie souvent à Mary des affaires sensibles, demandant autant de doigté que d’efficacité. Son partenaire habituel est le costaud policier Fortin, sur lequel elle peut s’appuyer en toute confiance. Il arrive que ses missions apparaissent moins compliquées, tout en exigeant de la diplomatie. C’est le cas quand, sur la demande de la juge Laurier, Mary se rend à Dinard (Ille-et-Vilaine). Elle procède à l’arrestation de Mme Béatrice Bonnadieu, avant de la transférer à Quimper.

Épouse d’un mari qui grenouilla longtemps dans les hautes sphères de l’État, la suspecte est une quinquagénaire à l’allure fragile. M.Bonnadieu est lui-même diminué, en fauteuil roulant, vivotant dans leur belle villa de Dinard. Elle est soupçonnée du meurtre du neveu de son mari. Âgé de trente-cinq ans, cet Anthony Lemercier a été empoisonné à l’arsenic. Bien qu’existent de fortes présomptions comme Béatrice Bonnadieu, Mary Lester n’est pas convaincue. Il estime préférable de faire hospitaliser la suspecte, et de protéger le dossier de l’affaire Lemercier – auquel un de ses collègues portait trop d’intérêt. La juge Laurier admet l’argumentaire de Mary et relâche Mme Bonnadieu, qui regagne bien vite Dinard.

Sachant que ses confrères de la gendarmerie en resteront là, Mary Lester doit mener une contre-enquête. Toujours rebelle, pas question pour elle de se plier à l’autoritarisme de la juge Laurier. Plutôt que le brave Fortin, c’est Gertrude Le Quintrec qui accompagne Mary à Dinard. Elle considère que sa collègue policière Gertrude est suffisamment aguerrie pour cette mission. D’emblée, Mary comprend qu’elle ne pourra pas faire confiance à Nazelier, l’hypocrite commissaire dinardais. Bien que d’aspect passif dans son bureau insalubre, le policier Bernoin pourra s’avérer d’une aide précieuse. Il est quelque peu aigri, mais plutôt compétent. Quant à l’avocat du couple Bonnadieu, il ne souhaite pas entraver l’enquête.

Une nouvelle autopsie de Lemercier révèle que l’action de l’arsenic n’a pas forcément causé le décès du neveu de Bonnadieu. Pendant ce temps, Bernoin se renseigne sur toute la faune qui gravitait autour de la victime. Béatrice Bonnadieu admet qu’elle rencontra, peu avant sa mort, le neveu de son mari dans une auberge de Saint-Lunaire. Ça pourrait aggraver son cas. Mary s’aperçoit que le commissaire Nazelier est proche – même s’il s’en défend – d’un nommé Antonio Morelli, douteux homme d’affaires du secteur. Ce dernier n’est-il pas du genre à avoir des hommes de mains prêts pour divers mauvais coups ? Il se peut que P’tit Lou, le meilleur écailler de la Côte d’Émeraude, ait son mot à dire. Quand la situation du couple Bonnadieu empire, pas facile pour Mary de dénouer les fils de cette sombre affaire…

(Extrait) “Elles suivirent le majordome jusqu’à ce grand salon que Mary avait déjà vu lors de sa première intervention dans la maison. Cette fois, il n’y régnait pas la tension dramatique qui lui avait laissé une si mauvaise impression lors de la mise en garde à vue de Madame Bonnadieu.

Monsieur Bonnadieu reposait toujours dans son fauteuil roulant, un plaid sur les genoux. Sa femme se tenait debout derrière lui et maître Lessard, le célèbre avocat, consultait des documents posés sur le beau bureau d’acajou. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, dont les cheveux mi-longs étaient coiffés avec soin. Il était vêtu d’un complet gris foncé et portait un nœud papillon rouge sombre sur une chemise blanche.

En voyant Mary, madame Bonnadieu serra ses deux poings sur son cœur, comme pour tenter de maîtriser une émotion trop forte…”

 

Depuis “Les bruines de Lanester” et “Les diamants de l’archiduc”, ses toutes premières investigations, elle a vécu de nombreuses aventures, la téméraire Mary Lester ! Elle n’a jamais craint de se colleter avec des personnages haut-placés, d’affronter des malfaisants de toutes espèces. Cela tient en grande partie à son univers personnel, lui apportant un bel équilibre. Entre sa voisine-cuisinière Amandine Trépon et son supérieur le commissaire Lucien Fabien, sans oublier le solide Jipé Fortin et autres collègues sérieux, la quimpéroise possède de bons repères. Si la dynamique Mary Lester est une fonceuse, elle sait aussi faire preuve de compassion, de bienveillance et, bien sûr, de réflexion. Mary se trompe rarement sur le caractère de ses interlocuteurs, surtout les faux-jetons et les malsains.

La caractéristique principale des enquêtes de Mary Lester, c’est la fluidité narrative. La tonalité du récit se veut familière, quotidienne, sans précipitation. Car, aussi intrépide soit-elle, cette policière n’est pas une "super-héroïne". Il s’agit d’une jeune femme ordinaire, pas du tout prétentieuse, qui fait consciencieusement son métier, en toute justice. En cela, elle est héritière d’une longue lignée d’enquêteurs de polars qui, depuis le commissaire Maigret, n’ont pour but que de comprendre les faits, déterrer les secrets, établir la vérité. On suit donc volontiers Mary Lester dans les méandres de cette sympathique histoire, en deux tomes.